La trumpisation de l’Amérique s’accélère

par Sébastien Lévi |  publié le 29/05/2026

En quelques jours, Donald Trump a encore renforcé son emprise sur le Parti républicain, les institutions et plusieurs médias. Une mutation inquiétante se poursuit : celle d’une démocratie remodelée autour des intérêts et des humeurs d’un homme.

Une femme portant des accessoires MAGA applaudit lors de la Conférence d'action politique conservatrice (CPAC) près de Dallas, le 26 mars 2026. Les conservateurs américains convergaient vers le Texas pour ce que les organisateurs présentent comme leur rassemblement le plus important et le plus influent. (Photo by Leandro Lozada / AFP)

Les États-Unis ressemblent chaque jour un peu plus à une république bananière. Mardi 19 mai, lors des primaires républicaines, tous les adversaires de Trump ont été balayés, achevant un peu plus la mise au pas du Parti républicain, dont l’une des principales figures dirigeantes n’est autre que sa belle-fille, Lara Trump. Les défaites du représentant du Kentucky, Thomas Massie, très actif sur le dossier Epstein, et du sénateur Bill Cassidy, qui avait voté l’impeachment de Trump après le 6 janvier, ont particulièrement réjoui l’ancien président.

Il y a d’ailleurs une certaine ironie dans la défaite de Cassidy, médecin de profession. Malgré ses réserves, il avait été la voix décisive permettant la nomination de Robert Kennedy Jr., connu pour ses positions antivaccins, au poste de ministre de la Santé. Il avait finalement voté pour lui afin d’apaiser l’imprévisible locataire de la Maison-Blanche … en vain.

Justice et Congrès marginalisés

Cette logique de contrôle, déjà visible au sein du Parti républicain, se retrouve également dans le compromis baroque conclu avec le ministère de la Justice (DOJ). En échange de l’abandon de ses poursuites contre le DOJ et l’IRS — le fisc américain — pour divulgation de ses déclarations d’impôts, Trump a obtenu l’interdiction permanente de toute procédure d’audit fiscal visant lui-même ou ses enfants. L’accord prévoit également la création d’un fonds d’indemnisation pour les « victimes » du 6 janvier, c’est-à-dire, selon Trump, les émeutiers injustement poursuivis.

Un arrangement si problématique et scandaleux que plusieurs sénateurs républicains eux-mêmes ont exprimé leur malaise, sans pour autant infléchir la position de Trump.

L’abdication du Congrès — pourtant garant des questions fiscales et budgétaires — s’est également illustrée cette semaine par le refus de soumettre au vote une résolution visant à limiter les pouvoirs de Trump dans la conduite de la guerre contre l’Iran, alors même qu’elle avait de fortes chances d’être adoptée.

Pressions croissantes sur les médias

Enfin, cette semaine a aussi marqué la fin officielle du Late Show with Stephen Colbert, l’un des humoristes les plus virulents à l’égard de Trump. L’émission, dont l’arrêt avait été annoncé dès juillet dernier, disparaît après la prise de contrôle de CBS par Larry Ellison, proche du président américain. Trump a d’ailleurs publié sur X, via le compte officiel de la Maison-Blanche, une vidéo générée par intelligence artificielle dans laquelle il jette symboliquement Colbert dans une poubelle …

Depuis, Ellison a également racheté Warner Bros., propriétaire notamment de CNN, dont la rédaction pourrait rapidement connaître le même réalignement éditorial que CBS, revenue à de meilleurs sentiments envers Trump.

En une seule semaine, le Parti républicain s’est un peu plus transformé en extension de la famille Trump, tandis que les pouvoirs législatif et judiciaire ont été contournés, voire vidés de leur substance. Dans le même temps, le rôle de la presse et la liberté d’expression se trouvent affaiblis, reflétant la volonté de toute-puissance de Trump au mépris des principes élémentaires d’une démocratie libérale.

À la fin de la Convention constitutionnelle de 1787, des citoyens demandèrent à Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des États-Unis, quel régime venait d’être créé. Il répondit : « Une république, si vous pouvez la conserver. »

Deux cent cinquante ans après la déclaration d’indépendance, la république américaine est toujours debout. Mais elle apparaît de moins en moins jeffersonienne ou madisonienne, et de plus en plus bananière, aux mains d’un autocrate mégalomane, corrompu et animé par l’esprit de vengeance.

Happy Birthday, America.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis