La victoire en toc

par Laurent Joffrin |  publié le 08/04/2026

Obtenant un cessez-le-feu fragile, Trump crie désormais victoire, clamant qu’il va obliger l’Iran à des concessions majeures. Mais, pour l’instant, le résultat de cette guerre fait douter les plus fervents partisans de l’Amérique.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Drôle de guerre, décidément. La première armée du monde attaque l’Iran, alliée à la première puissance militaire de la région. Résultat : au moment où arrive le cessez-le-feu, on se demande à quoi a vraiment servi l’opération « Fureur épique ».

Un cessez-le-feu aux résultats incertains

Le changement de régime ? Il consiste à remplacer des mollahs fanatiques par des Gardiens de la Révolution encore plus fanatiques. La puissance de feu de la République islamique ? Elle est certes amoindrie, mais existe toujours et pourra être reconstituée. La marche vers l’arme nucléaire ? On n’en sait pas plus qu’au début du conflit : les stocks d’uranium enrichi sont sous terre sans qu’on sache à quel endroit ni comment on pourra les contrôler. L’ouverture du détroit d’Ormuz ? Pas de quoi bomber le torse : il était ouvert avant la guerre et les Iraniens prétendent maintenant le prendre en main. Quant au peuple iranien, il se retrouve soumis à une répression encore plus féroce et le régime peut s’enorgueillir d’avoir résisté à une offensive massive, gagnant ainsi un prestige inédit parmi les mouvements islamistes et auprès du « Sud global ». Comme dit Trump : une réussite « à 100 % »…

L’image affaiblie de la puissance américaine

L’OTAN, disait le président américain, est « un tigre de papier ». Et si, finalement, c’était lui, le tigre de papier ? Il convoite le Groenland : le déploiement d’une poignée de soldats européens sur la grande île du Nord le fait reculer. Il prétend convaincre son ami Poutine et arrêter la guerre en Ukraine : le conflit se poursuit inébranlablement et l’« ami » Vladimir mène l’Amérique en bateau. Il annonce enfin la paix à Gaza et dans tout le Moyen-Orient : les Gazaouis continuent de souffrir et la région est à feu et à sang. Entre-temps, l’OTAN est plongée dans l’incertitude et l’alliance transatlantique a volé en éclats.

Devant ce bilan calamiteux, accompagné des insultes et des borborygmes qui émanent de la Maison-Blanche, une escouade de députés américains affirme que Donald Trump n’a plus toute sa tête et parle à haute voix de sa destitution. Qui peut leur donner tort ?



PS: Notre livre écrit à quatre mains, « Les enfants savent« , sort aujourd’hui en librairie. L’histoire intime d’une famille française bouleversée par la grande Histoire…
@PaulineDelassus
@EditionsGrasset

Laurent Joffrin