La vraie nature de CharlÉlie Couture

par Frédérick Casadesus |  publié le 10/04/2026

Au bénéfice de l’association France Nature Environnement, CharlÉlie Couture livre le florilège de ses chansons favorables à l’écologie, qu’il interprète en duo avec une pléiade de complices.

Le chanteur CharlElie Couture lors du rassemblement en soutien à Paul Watson à Paris, le 4 septembre 2024. (Photo Daniel Perron / Hans Lucas via AFP)

CharlÉlie Couture, en douceur, aime changer les cœurs et les esprits. Chez lui, l’art du décalage n’est jamais provoquant. Teinté d’humour – autrefois cette mise vaguement Fu Manchu qu’il arborait, désormais la carrure athlétique et ronde – il évite l’agressivité, propose plus qu’il n’impose. Il joue de la surprise. Couture en défenseur de la nature ? On ne l’imaginait pas : ce chanteur-compositeur-interprète-plasticien et dessinateur – un dernier mot, pour la route ? – évoque des nuits citadines, des jungles de macadam aux reflets de dangers, plutôt que des contemplations champêtres. Et puis, la vie…

Un projet né à Nancy

Tout a commencé durant l’année 2024 à Nancy, ville natale de l’artiste. « Je me trouvais au lycée Henry-Poincaré, devant des élèves qui s’intéressaient à mon travail, en particulier à son caractère pluridisciplinaire, nous explique CharlÉlie Couture. À la fin de la session, l’un d’eux vint me voir pour me dire son incompréhension devant le fait que mon engagement en faveur de l’environnement, qui lui semblait un des axes majeurs de ma création, n’apparaisse nulle part, ni dans les interviews traditionnelles, ni sur internet. En y réfléchissant, j’ai pensé qu’il pouvait être judicieux de regrouper quelques-unes de mes chansons écrites à ce sujet, mais encore de les interpréter en duo, pour leur donner une chance nouvelle, pour exprimer mes paroles sur un autre ton, d’une autre manière. »

Aussitôt, vous souriez. Nombre de chanteuses et de chanteurs ayant plus de trente ans de carrière s’adonnent à cet exercice afin de toucher un public plus jeune, et vous songez que Couture adopte cette méthode à des fins commerciales. Nous pourrions vous répondre que les bénéfices de la vente du disque iront à l’association France Nature Environnement, mais vous parleriez de communication, de publicité. Perçons l’abcès.

Notons d’abord qu’il n’est pas interdit d’aimer être aimé, de suivre un mouvement collectif quand celui-ci se fonde sur des principes de générosité, de solidarité, que le principe d’un duo de variété repose avant tout sur la reconnaissance du fait que les années passent, qu’une génération remplace une autre et qu’elles peuvent avancer de concert. Où a-t-on vu que ce bouquet d’arguments devait provoquer les sarcasmes ? La transmission, même d’une façon qui semble à quelques-uns factice, a toutes ses lettres de noblesse.

Des duos au service de l’écologie

À cela s’ajoute la manière dont CharlÉlie Couture a travaillé. Parce qu’il a choisi des artistes de sa génération, exigeants mais populaires – Jean-Louis Aubert en est l’emblème – et de jeunes pousses aujourd’hui bien connues – Nunes, Pursang, Papillon Paravel, Souleymane Diamanka, sa fille Yamée –, le chanteur a su éviter la chausse-trappe des pacotilles. « J’ai suivi les interprètes en fonction des amitiés, de mon inspiration, reconnaît-il. Je trouve le monde du spectacle gangrené par les algorithmes et les rapports de pouvoir. Dans notre milieu aussi, les chefs ont des problèmes d’éthique et les sous-chefs des problèmes d’étiquettes. Alors, j’espère que cet album reflète un travail d’équipe accompli dans la fidélité. »

Dernier point, et non des moindres : alors que l’écologie se trouve attaquée de toutes parts, est-il si démagogique d’en défendre les ambitions ? Là encore, CharlÉlie Couture agit à rebours des conventions. « Mon disque est davantage écocitoyen que militant, nous dit-il. Je voudrais qu’il incite chacun à prendre ses responsabilités, s’informer, comprendre la grammaire de l’eau, de la lumière, mais je ne veux donner de leçons à personne. J’entends des gens qui, dans leur vie quotidienne, respectent l’environnement, se dire anti-écologistes parce qu’ils ont peur qu’on leur interdise de manger de la viande. Il me semble que la sensibilité, l’écoute et l’attention peuvent beaucoup mieux les convaincre que les anathèmes. Je veux rendre hommage à ceux qui se battent sur le terrain, qui défendent la nature sur le terrain, mais d’une façon positive et fraternelle. »

L’une des belles surprises du disque est l’apparition de Yannick Noah. Oui, vous avez bien lu, l’ancien tennisman, connu pour ses chansons dansantes, consensuel au point d’être conventionnel, fait partie de l’équipage. Intelligence du texte, voix claire et fluide, il démontre des qualités formidables en interprétant « La ballade du mois d’août 75 ». Que faisiez-vous, si vous étiez déjà de ce monde, au milieu des années soixante-dix ? Éternité de CharlÉlie Couture…

CharlÉlie Couture : « Projet bleu vert », label Verycords

Frédérick Casadesus