L’absurde boycott d’un cinéaste israélien
Sous la pression d’une fraction propalestinienne, Nadav Lapid, cinéaste israélien talentueux et anti-Netanyahou, a dû se retirer du Festival international de cinéma de Marseille. Nouveau méfait de la gauche radicale identitaire…
Soutenir le peuple palestinien écrasé sous les bombes ? Bien sûr. Par des méthodes d’assignation identitaire ? Certainement pas. Nadav Lapid est l’un des cinéastes israéliens les plus inventifs et les plus critiques envers son propre gouvernement. Plusieurs de ses films sont consacrés à la dénonciation de la politique de Benjamin Netanyahou et à l’analyse des dérives intolérantes de la société israélienne. La droite israélienne le critique régulièrement en l’accusant de manquer de patriotisme.
Pressions sur le FID Marseille
Tout cela n’a pas empêché les protestations ardentes adressées au FID Marseille par un groupe d’activistes propalestiniens, qui lui reprochent d’avoir bénéficié de fonds publics israéliens pour financer en partie son film, alors même que l’organisme incriminé est indépendant du gouvernement.
En signe d’apaisement, un compromis avait été trouvé : Nadav Lapid se retirait du jury du festival et se contentait de tenir une « master class » consacrée à ses films. Rien n’y a fait. Les protestataires ont continué de faire pression et, faute de pouvoir débattre sereinement avec le public, le cinéaste a préféré ne pas venir.
Précisons que l’œuvre en question, Oui, présentée au Festival de Cannes en 2025, dénonçait l’indifférence d’une partie de la société israélienne face à la situation humanitaire à Gaza. Deux pétitions, signées par des intellectuels et des artistes souvent orientés à gauche, dont Élias Sanbar, personnalité palestinienne bien connue, ont condamné cette exclusion de fait.
Une dérive identitaire dénoncée
L’acharnement activiste traduit, selon l’auteur, la dérive d’une partie de la gauche radicale. Si Nadav Lapid est persona non grata, ce n’est pas en raison de ses opinions, ni de son action, ni des aides dont il a bénéficié, et encore moins à cause du contenu de ses films. Son seul tort est d’être israélien.
Ainsi, on condamne un homme non pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est : Israélien, donc coupable. Quand elle juge impossible de s’entendre avec quelque Palestinien que ce soit, affirmant que tous sont voués à la destruction de l’État d’Israël, l’extrême droite de Smotrich et Ben Gvir ne dit pas autre chose. C’est dans le même sectarisme ethnique qu’est tombée la gauche identitaire.



