L’affaire Zampolli, méfait trumpiste ordinaire
Trump repousse chaque semaine les limites de l’acceptable. L’usage personnel de la police de l’immigration ICE par un proche du président est une véritable parabole du trumpisme, mêlant confusion des genres, abus de pouvoir et corruption banalisée.
Paolo Zampolli est un ami de Donald Trump. Récemment séparé de sa compagne brésilienne et en litige contre elle pour la garde de leur fils, il a fait appel à l’ICE, la police de l’immigration, pour la faire expulser du pays, obtenant ainsi satisfaction à propos de son fils. Tout est bien qui finit bien dans le régime trumpiste, qui récompense les amis en mettant à leur disposition l’appareil d’État.
Cette affaire, en apparence secondaire dans le contexte de la guerre en Iran et de ses conséquences géopolitiques et économiques, n’est pas moins symptomatique de la corruption qui sévit aux États-Unis depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, mais aussi des valeurs que cette présidence distille dans la société américaine.
Confusion des intérêts et dérive institutionnelle
Pour Trump et ses amis, il est logique de se servir des moyens de l’État pour son bénéfice personnel, qu’il s’agisse de bénéficier de cadeaux comme un avion, et d’investissements pharaoniques par des États du Golfe dans la Trump Organization, le fonds d’investissement de son gendre ou les bitcoins. Des États qui achètent ainsi l’accès à la Maison-Blanche et la protection américaine, comme Zampolli a su capitaliser sur son amitié avec Trump pour son propre intérêt personnel.
Les fils de Trump peuvent siéger au conseil d’administration d’un fabricant de drones qui dépend de la commande publique sans que cela choque outre mesure. De fait, la proximité avec Trump est aujourd’hui le seul sésame qui compte pour faire avancer ses priorités, comme l’ont très bien compris Jeff Bezos ou Larry Ellison, qui ont mis sous coupe réglée les médias qu’ils contrôlent, le Washington Post pour Bezos, CBS et bientôt CNN pour Ellison, pour obtenir en échange les faveurs et les contrats du gouvernement américain. À cet aune, l’utilisation par Zampolli de l’ICE en échange de sa proximité avec Trump n’est guère surprenante.
Un climat de banalisation de la corruption
Elle l’est d’autant plus que le démantèlement des agences indépendantes et des inspecteurs généraux chargés de contrôler l’action et la probité de l’État est à peu près achevé ; une régression démocratique sans précédent dans l’histoire du pays. Dans un tel contexte, il est somme toute assez logique que cette dégénérescence de la morale publique finisse par infuser dans le reste de la société. On observe ainsi un développement du racisme et de la xénophobie ordinaires aux États-Unis. Mais les outrances de Trump sont soit niées, soit moquées, soit relativisées par ses partisans les plus « raisonnables », incapables de reconnaître la cruauté et la corruption intrinsèques du régime dont ils ont permis l’avènement. Pour la base MAGA, elles sont un rappel permanent de la raison pour laquelle ils ont voté pour Trump, leur instrument pour mettre à bas un régime démocratique qu’ils honnissent. Dans cette fièvre populiste, la corruption est un mal nécessaire, un moyen comme un autre de parvenir à leurs fins.



