L’Amérique MAGA s’isole et s’enlise

par Boris Enet |  publié le 25/05/2026

Coups d’éclat ratés, rapports de force mal maîtrisés … le président américain accélère chaque semaine l’affaiblissement international des États-Unis. Tandis que le trumpisme continue de bomber le torse, le reste du monde apprend à lui tenir tête et le contourner.

Le président Donald Trump signe une casquette MAGA sur la pelouse de la Maison Blanche, le 19 mai 2026. (Photo Kent NISHIMURA / AFP)

À quelques mois des midterms, que Donald Trump semble difficilement pouvoir remporter, le chef de file MAGA apparaît empêtré dans le bilan calamiteux de sa politique étrangère, accumulant les déconvenues qui ont considérablement sapé sa crédibilité. Et ce, à rebours des commentaires parfois enthousiastes qui avaient accompagné son retour à la Maison-Blanche.

Grossier, brutal, mégalomane, peu cultivé : Trump était pourtant présenté comme le roi du deal. Pendant des mois, nombre de commentateurs ont voulu voir en lui l’avant-garde d’un nouveau modèle politique, produit de la mutation populiste occidentale et d’une télé-politique obscène et décomplexée, inspirée de la téléréalité. Place aux nouveaux conquérants, censés balayer les codes policés de l’ancien monde.

Seize mois plus tard, Trump a surtout accéléré l’affaiblissement des États-Unis, ratant presque toutes ses opérations extérieures — à la seule exception, relative, de son coup de force à Caracas — au point de pousser plusieurs de ses soutiens internationaux à prendre leurs distances. Une sorte de Baie des Cochons planétaire qui ne dirait pas son nom.

Échecs diplomatiques et revers stratégiques

Combien étaient-ils à prédire la capitulation européenne face aux prétentions impériales de Trump sur le Groenland ? Il aura suffi de quelques déclarations fermes des Européens et du déploiement limité de forces en soutien au Danemark pour que le président milliardaire fasse machine arrière.

Combien étaient-ils encore à sourire devant la tentative de mise au pas de Volodymyr Zelensky, après l’humiliante séquence de la Maison-Blanche transformée en décor de western mafieux ? Non seulement les Européens ont tenu bon, au point de modifier le rapport de force face à Vladimir Poutine, mais Charles III lui-même s’est déplacé pour adresser une leçon diplomatique à Trump à l’heure du thé. Même l’allié hongrois du trumpisme a été fragilisé, tandis que Berlin et Rome sont devenues des partisanes assumées d’une défense européenne commune, voire intégrée.

Combien annonçaient encore qu’après la capture de Maduro, les frappes contre Téhéran feraient plier la théocratie des mollahs ? Un mois et demi plus tard, le détroit d’Ormuz reste bloqué, l’économie mondiale est secouée, les prix des hydrocarbures demeurent élevés et les créations d’emplois aux États-Unis n’ont jamais été aussi faibles depuis des décennies.

Contre les pronostics des éternels sceptiques, la vieille Europe, prétendument dépassée, taclée par J.D. Vance et Elon Musk entre deux visites à Viktor Orbán ou Alice Weidel, dirigeante de l’AfD allemande, ne s’est ni disloquée ni affaiblie. Elle a tenu bon, parfois même en se renforçant.

Certaines forces politiques italiennes, pourtant proches du trumpisme, vont désormais jusqu’à dénoncer les crimes du gouvernement Netanyahou, tandis que le sinistre Itamar Ben Gvir est devenu persona non grata sur le sol européen.

Éloquent palmarès pour celui qui se targuait de faire taire la guerre en Europe en vingt-quatre heures, de transformer Gaza en Saint-Tropez et de faire tomber les ayatollahs. Trump a certes été épaulé — parfois même entraîné — par son partenaire de Tel-Aviv, lequel est parvenu, lui, à « ghettoïser » Israël comme jamais depuis 1949. Ci-gît le bilan de cette internationale réactionnaire, désormais ridiculisée aussi bien par Poutine que par Xi Jinping.

Les conséquences sur le front intérieur

Naturellement, les fidèles de la base MAGA n’en ont cure. Entre Truth Social, Newsmax et Fox News, diffusés en boucle sur grand écran, le complot prétendument ourdi contre leur champion compte moins que la protection divine dont il bénéficierait pour avoir survécu aux tentatives d’assassinat dont il fut victime.

Mais les échecs accumulés sur le front économique ont une portée autrement plus dangereuse pour sa base électorale. Dans la Rust Belt, nombre d’électeurs commencent à perdre leur confiance aveugle dans leur champion. Élection partielle après élection partielle, les démocrates montrent des signes de remobilisation.

Tous les alliés internationaux du trumpisme apparaissent désormais fragilisés par le bilan désastreux du chef de file américain. Trump a méthodiquement liquidé les mécanismes de coopération multilatérale : contournement de l’ONU, ridiculisation de l’OTAN, affaiblissement de l’OMC et de l’OMS… sans que ses prétendues alternatives ne débouchent sur autre chose que des impasses dangereuses.

La multiplication des accords commerciaux conclus ces derniers mois entre l’Union européenne et le Mercosur, l’Inde, l’Indonésie ou encore le Mexique — avec un accord modernisé et élargi signé la semaine dernière — illustre l’échec de la stratégie MAGA. Dans le même temps, la justice américaine a largement vidé de sa substance la diplomatie mafieuse des droits de douane.

Trump s’est finalement heurté à l’affirmation de l’Union européenne comme acteur géopolitique majeur, au refus catégorique du Canada de toute logique d’annexion, ainsi qu’à la résistance du Brésil et du Mexique face à ses exigences.

En Asie de l’Est, du Sud ou centrale, on regarde désormais davantage vers l’émergence d’une nouvelle mondialisation que vers les élucubrations erratiques d’une superpuissance devenue aussi imprévisible qu’incontrôlable, à l’image d’un canard sans tête.

Boris Enet