L’Artishow, dernier refuge du transformisme à Paris

par Morgan Belouassaa |  publié le 10/07/2026

Alors que les cabarets transformistes ont presque disparu de la capitale, une troupe d’artistes fait vivre cet héritage en cultivant une proximité unique avec son public.

Un spectacle transformiste au cabaret parisien l’Artishow.

Au cœur du 11ᵉ arrondissement de Paris, dans une ambiance intime, festive et chaleureuse, l’Artishow, haut lieu du transformisme et du burlesque, perpétue depuis vingt-cinq ans l’esprit du cabaret parisien. Depuis la fermeture de « Chez Michou » en 2020, ce cabaret est devenu le dernier lieu transformiste de la capitale.

La particularité de l’établissement ? Miser sur la proximité avec les spectateurs. Ici, le spectacle commence dès l’arrivée des convives et se vit autant sur scène qu’au milieu du public. « Je suis installée à la même table, au premier rang, chaque samedi soir depuis l’ouverture. La troupe me bichonne, je fais presque partie de la famille », confie Mimi, fidèle cliente de la maison, qui fête ce soir-là ses 85 ans.

Une aventure née au début des années 2000

« Chez nous, les artistes sont multifonctions : ils assurent l’accueil, le service et les performances sur scène », explique Framboise, personnage emblématique et cofondateur de l’établissement.

Un projet né plus de trente-cinq ans plus tôt. En 2002, Pascal Papazian, alias Framboise, médecin, et Xavier Barboteu, libraire passionné par les arts de la transformation, fondent l’Artishow Cabaret. « Nous avons commencé en amateurs dans un restaurant du 13ᵉ arrondissement, puis nous avons eu l’opportunité de reprendre un établissement et d’y proposer des animations. De fil en aiguille, nous avons ouvert le cabaret », se souvient Framboise.

La revue ne se limite pas au transformisme. Chant, danse, théâtre, comédie et arts visuels se mêlent dans une succession de tableaux imaginés et mis en scène par Xavier Barboteu. « L’idée n’est pas seulement d’imiter des célébrités, mais de créer de véritables univers inspirés de la chanson française et internationale », explique-t-il.

Le transformisme au cœur du spectacle

Sous les lumières tamisées, perruques volumineuses, robes à paillettes et maquillages minutieusement réalisés se succèdent. Une dizaine d’artistes enchaînent les métamorphoses sous les applaudissements d’un public conquis. D’Édith Piaf à Dalida, en passant par Lady Gaga, Mylène Farmer ou Céline Dion, les numéros s’enchaînent, mêlant références intergénérationnelles et incontournables de la maison. Le tableau consacré à Rika Zaraï reste l’un des moments forts du spectacle, tant la transformation impressionne le public.

« Le transformisme, c’est incarner des personnages et ressembler le plus fidèlement possible à une personnalité. Contrairement au drag, où l’on construit son propre personnage », explique Josianne, transformiste la nuit et commercial le jour à l’Artishow. « Pendant quatre heures, j’oublie les tracas du quotidien », souffle Mimi, impatiente de revoir, pour la énième fois, son numéro favori : Amy Winehouse, interprétée par Galipette, transformiste historique du cabaret et comédien de formation.

Un héritage vivant du cabaret parisien

À l’heure où les grandes institutions du cabaret parisien se raréfient, la maison continue de faire vivre une tradition populaire tout en célébrant la diversité, encore trop souvent victime d’un archaïque opprobre.

Morgan Belouassaa