Le Bach d’Erik Orsenna

par Frédérick Casadesus |  publié le 26/06/2026

De concert avec la pianiste Claire-Marie Le Guay, Erik Orsenna (de l’Académie française) publie Que la joie demeure, un livre à deux voix qui célèbre le Cantor de Leipzig.

L'écrivain français et académicien Erik Orsenna. (Photo Alain JOCARD / AFP) - La pianiste Claire-Marie Le Guay (Photo PATRICK KOVARIK / AFP)

Chez les écrivains, le sens de la musique est seconde nature : au tempo, la patrie de leurs mots se reconnaît. Depuis toujours, avec une élégance qui délaisse l’épate aussi bien que l’emphase, Erik Orsenna se lance à l’aventure des livres en mélodie, en harmonie. De là cette curiosité qu’il manifeste pour l’art des sons. L’Histoire du monde en neuf guitares en porte la trace — qu’il publia voici déjà vingt-deux ans. Mais plutôt que de faire croire à son éventuelle expertise, il interroge, accompagne, interprète aussi la science d’une personne passionnée. Son frère pour l’ouvrage que nous venons de mentionner, la pianiste Claire-Marie Le Guay pour le volume qui vient de paraître chez Albin Michel : Que la joie demeure, vivre avec Bach (*).

Dialogue entre l’artiste et l’homme de lettres, ce livre met en perspective la particularité de Jean-Sébastien Bach. Aussi bien son œuvre que les circonstances dans lesquelles s’épanouit la vie de ce compositeur hors de toutes normes. « L’Histoire commence par la Géographie, et la plus haute culture allemande naîtra dans cet environnement de forêts : Schütz, Haendel, Goethe, Schiller, Schumann, Wagner, observe Orsenna. Et dans le nom latin de la petite ville où, le 21 mars 1685, va naître notre Jean-Sébastien, Eisenach, Isenacum, certains ont cru lire l’anagramme de en cani mus ou en musica. Eisenach, en Thuringe. Si l’on excepte son année de pensionnat à Lüneburg, et ses deux pèlerinages à Lübeck et à Hambourg, jamais, de toute son existence, Bach n’aura quitté ce cœur de l’Europe, un rectangle à peine long de cent kilomètres et large de cinquante. »

En lisant ces lignes, on se rappelle ce que disait Blondin de L’Odyssée : « une épopée dans un mouchoir de poche ». À sa manière, Erik Orsenna nous invite au voyage. Les paroles de Claire-Marie Le Guay nous font pénétrer la musique elle-même, et nous voulons signaler que la musicienne publie conjointement, chez Mirare, Bach, écouter la lumière, un très beau disque. Mais les analyses et les souvenirs prodigués par l’écrivain nous servent de cartes. Marines ou du tendre ? Essentielles en tout cas.

(*) Erik Orsenna, de l’Académie française, et Claire-Marie Le Guay, Que la joie demeure, vivre avec Bach, Albin Michel, 208 p., 19,90 €.

Frédérick Casadesus