Le chœur battant des Pays de la Loire
Le 14 octobre dernier, les coupes budgétaires décidées par Christelle Morançais ont entraîné la disparition du chœur de l’Orchestre national des Pays-de-la-Loire. Réunis en association, les artistes poursuivent l’aventure malgré des conditions plus difficiles.
Le fortissimo d’un orchestre, au sommet d’un concert, il n’y a pas chamboule-tout plus formidable. On pense… Mais non, justement, la pensée n’est plus: c’est un chavirage, une tempête collective, qui renverse la raison, déchaîne l’émotion. Mais voici que les femmes et d’hommes qui, jusqu’alors, se tenaient assis derrière les musiciens, se lèvent. Un chœur était là, que l’on n’entendait pas, bien aligné, sage comme les élèves d’autrefois, costume de soirée, partition tenue comme un livre, attentifs et silencieux. Les chanteurs surgissent au geste large du chef, et libèrent une furie fantastique, une ferveur à nulle autre pareille, une cathédrale de voix tournée vers le ciel de la musique. Alors, aux altitudes ils envoient les mélomanes voler.
Quoi de plus formidable qu’un chœur à vocation symphonique ? Les Italiens possèdent depuis toujours l’art de le faire résonner — Libera me, chante l’âme enfermée à la fin du Requiem de Verdi — mais Bach et Beethoven connaissent eux aussi la science de ses lumières. On pense ici aux Passions, à la Messe en si, à la Missa solemnis ou encore à l’Hymne à la joie.
La disparition du chœur de l’ONPL
Christelle Morançais, présidente de la Région des Pays de la Loire, a pourtant préféré le faire taire. En novembre 2024, la vice-présidente du parti Horizons, qui se présente comme une gestionnaire rigoureuse, a choisi de réduire fortement les subventions culturelles, provoquant la disparition du chœur qui accompagnait depuis 2004 l’Orchestre national des Pays de la Loire (ONPL). Passée la stupéfaction, chanteurs et mélomanes se sont mobilisés, donnant naissance à une nouvelle structure : le Chœur des Pays de la Loire.
Pour Valérie Fayet, remarquable cheffe de chœur formée auprès de Pierre Dervaux et au CNSM de Lyon, l’un des principaux conservatoires supérieurs de musique français, il était hors de question de partir.
Non seulement parce qu’elle a fondé cet ensemble il y a vingt-deux ans, mais aussi parce qu’elle estime avoir des responsabilités vis-à-vis des musiciens : « Je me sens le devoir de rester, le temps de bâtir un nouveau projet puis de le transmettre, nous dit-elle. En tant que pédagogue, j’ai formé de nombreux chefs de chœur et je souhaite que l’une ou l’un d’entre eux puisse un jour me succéder. Tant de jeunes musiciens ont des choses à dire et peinent à trouver les moyens de s’exprimer. »
Le Chœur des Pays de la Loire est désormais une association indépendante dont l’activité repose sur l’engagement des choristes, la billetterie, les dons, le mécénat et des partenariats naissants, comme celui qui se construit avec la Maîtrise de la Perverie à Nantes.
Un modèle indépendant à construire
En appelant les citoyens à la soutenir, l’association ne recherche pas seulement des moyens financiers, mais aussi un appui civique — donc politique, au sens le plus noble du terme. On peut regretter qu’un tel effort doive compenser le désengagement de la Région, mais comment faire autrement alors que les pouvoirs publics eux-mêmes retirent progressivement aux institutions culturelles les moyens de survivre ?
Composé de musiciens amateurs, l’ensemble s’appuie sur la fidélité remarquable de ses membres : « Sur les 55 chanteurs, seules six personnes ont quitté le chœur, souligne Valérie Fayet. Dès le mois de septembre, nous recruterons de nouveaux choristes. Ils devront être conscients des responsabilités et des exigences artistiques qu’implique un tel engagement. »
Comme on le devine, le chœur va devoir s’adapter et trouver sa place dans un paysage déjà saturé de concerts et d’ensembles vocaux.
« Nous allons tisser des liens avec des orchestres amateurs, en espérant construire des partenariats de qualité, explique encore Valérie Fayet. Le chœur tel que nous l’avons connu doit désormais se tourner vers l’avenir et bâtir un projet ambitieux mais réaliste. »
Une nouvelle saison tournée vers l’avenir
La saison prochaine, le Chœur des Pays de la Loire proposera des concerts a cappella, accompagnés au piano, dans les grandes villes comme dans les territoires ruraux, autour d’œuvres bien connues du répertoire. Ensuite, si sa situation financière le permet, il fera découvrir au public des créations plus contemporaines, notamment celles de la compositrice et cheffe de chœur norvégienne Grete Pedersen, de la compositrice et chanteuse américaine Meredith Monk ou encore du compositeur franco-libanais Zad Moultaka.
« Je suis effondrée de quitter cette maison où, pendant vingt-deux ans, j’ai vécu tant de belles aventures musicales, reconnaît Valérie Fayet. Je le suis d’autant plus que cette décision repose sur des considérations budgétaires que l’on peut contester lorsque l’on sait combien la culture contribue, autant que le sport, au bien-être collectif. Mais j’aimerais que ce mauvais choix politique se transforme en une force nouvelle : celle d’un chœur indépendant, libre de sa programmation et capable, tout en restant fidèle à la musique classique, d’attirer des publics variés. » Le chœur est à l’ouvrage. Il bat toujours.



