Le confessionnal au-dessus des lois ?
La loi Bétharram marque un progrès dans la protection des enfants victimes de violences sexuelles. Mais l’abandon de l’article sur le secret de la confession révèle la persistance d’une exception religieuse visiblement toujours placée au-dessus de l’intérêt des victimes.
Le 1er juin 2026, la députée Renaissance Violette Spillebout a profité de la niche parlementaire de son groupe pour présenter la proposition de loi dite « Bétharram », visant à mieux protéger les enfants contre les violences sexuelles dans les établissements scolaires, publics comme privés. Le député LFI Paul Vannier a accepté de retirer son nom du texte afin de permettre au bloc central de le voter. La proposition doit désormais poursuivre son parcours au Sénat.
Si ce texte marque une véritable reconnaissance des manquements de l’État et lui donne davantage de moyens pour protéger les enfants, une ombre vient en atténuer la portée. L’article 9, qui prévoyait la levée du secret de la confession pour les ministres du culte en cas de révélation de violences sexuelles, a été supprimé à la suite d’un amendement de la droite. La gauche s’est abstenue sur ce point afin de ne pas compromettre l’adoption de l’ensemble du texte.
Le secret de la confession en débat
Le secret professionnel reconnu aux ministres du culte est aujourd’hui consacré par la jurisprudence. Pourtant, comme dans toutes les professions, ce secret peut être levé en présence d’un risque grave. Si un banquier a l’obligation de signaler à l’administration un soupçon de financement du terrorisme, pourquoi un prêtre ne devrait-il pas signaler un paroissien lui avouant des actes de pédocriminalité ? Dans un État de droit laïque, aucune justification privée ne saurait prévaloir face à un principe simple : la liberté de culte s’arrête là où commence la mise en danger de l’intégrité d’autrui.
L’Église de France se croit-elle au-dessus des lois ? En octobre 2021, le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, avait suscité une vive polémique en affirmant que « le secret de la confession était plus fort que les lois de la République ».
Protection des victimes et principe de laïcité
Qu’un catholique considère que l’Évangile est plus important dans sa vie que les lois des hommes relève d’un choix personnel, garanti par la liberté de culte. En revanche, protéger un criminel présumé en taisant ses agissements, alors qu’un risque de récidive existe et que les victimes ont droit à la justice, relève d’une tout autre logique.
Dans une religion où la culpabilité occupe une place importante dans le cheminement moral, cette réalité peut parfois être difficile à admettre : les violeurs d’enfants sont rarement rongés par le remords. Ils continuent bien souvent à profiter de leur existence, tandis que leurs victimes vivent avec la honte, la peur et le traumatisme. Sous la pression des grenouilles de bénitier de la droite et de l’extrême droite, certains ont préféré consacrer un séparatisme religieux qui ne dit pas son nom plutôt que de faire de la protection de l’enfance une priorité absolue.



