Le fantôme d’Obama hante Donald Trump
Les présidents passent, certaines obsessions demeurent. Dix-huit ans après l’élection de Barack Obama, l’ancien président continue d’occuper une place singulière dans l’univers mental et politique de Donald Trump, et d’influencer ses décisions actuelles.
Un ressort essentiel de la trajectoire politique de Donald Trump permet de comprendre ses hésitations et ses revirements incessants sur l’Iran : son rejet viscéral de Barack Obama. Figure des affaires et des médias américains depuis les années 1970, Trump s’est imposé sur la scène politique en grande partie grâce à son opposition à Obama. Il s’est notamment illustré dans la polémique complotiste autour du certificat de naissance du président démocrate, dont il mettait en doute l’authenticité afin de contester sa légitimité à exercer la fonction présidentielle.
Pendant des mois, Obama choisit d’ignorer ces attaques avant d’y répondre avec une ironie mordante lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche, en 2011. Ce soir-là, il tourna Trump en dérision devant tout Washington avec une série de plaisanteries aussi cruelles que méritées. Pour certains analystes, cette humiliation publique a contribué à nourrir sa décision de se présenter à l’élection présidentielle de 2016.
Lors de sa campagne victorieuse de 2008, Obama célébrait le volontarisme, incarné par son slogan devenu emblématique, « Yes We Can ». Il opposait l’espoir à la peur (« Hope versus Fear ») et affirmait sa conviction que les meilleurs jours de l’Amérique restaient à venir. Il imaginait également, sans doute avec une certaine naïveté, l’émergence d’une société post-raciale, faisant de son propre parcours une illustration de l’idéal méritocratique américain.
Trump peut être perçu comme le retour de bâton de cette expérience, comme Obama lui-même a semblé le suggérer lorsqu’il expliquait avoir peut-être été élu « trop tôt ». Mais Trump est aussi son exact contraire. Héritier d’un magnat de l’immobilier accusé de pratiques discriminatoires envers les Noirs, dépourvu de talent notable hormis celui de se mettre en scène, il fut un élève médiocre. En exploitant le ressentiment de classes moyennes et populaires qui se considèrent lésées par la mondialisation, il ne propose pas tant des solutions qu’une promesse de revanche, qu’il résume lui-même par le terme de « rétribution ».
Offensive contre l’héritage Obama
Pour Trump, l’essentiel n’est pas de proposer une alternative cohérente à Obama, mais de déconstruire son héritage. C’est ainsi que l’on peut comprendre sa volonté d’abroger l’Obamacare, qui a permis à des millions d’Américains d’accéder à une assurance santé à coût raisonnable, ou son retrait de l’accord de Paris sur le climat, sans qu’aucune solution de remplacement crédible ne soit réellement proposée.
Dès son investiture, cette obsession s’est manifestée à travers une polémique aussi ridicule que révélatrice. Trump affirma, contre toute évidence et malgré des preuves visuelles incontestables, que la foule présente lors de son investiture était plus nombreuse que lors de l’investiture d’Obama. Ce mensonge apparemment anodin en disait pourtant long sur son état d’esprit à l’égard de son prédécesseur. Trump ne supporte pas davantage la popularité persistante d’Obama à l’étranger, alors que lui-même y est souvent méprisé voire détesté. Cette obsession comporte enfin une dimension raciale et antimusulmane perceptible dans son habitude de rappeler systématiquement le deuxième prénom d’Obama, Hussein, lorsqu’il l’évoque.
L’Iran, terrain de revanche
La valse-hésitation de Trump sur l’Iran s’explique également par cette fixation. Il n’a cessé d’attaquer l’accord sur le nucléaire iranien conclu sous Obama, répétant notamment l’histoire des « milliards de dollars transportés dans des valises » qui auraient été remis au régime iranien dans le cadre du JCPOA, l’accord international signé en 2015 pour encadrer le programme nucléaire iranien en échange d’une levée progressive des sanctions. Cette hostilité l’a conduit à retirer les États-Unis de cet accord en 2018.
Trump veut à tout prix distinguer un éventuel futur accord de celui conclu par Obama et le présenter comme une victoire historique que son prédécesseur aurait été incapable d’obtenir. Les dirigeants iraniens comprennent parfaitement cette psychologie et savent l’exploiter. Ils pourraient ainsi obtenir d’importantes concessions en échange de la signature d’un texte présenté comme radicalement différent du JCPOA, même si son contenu devait s’en rapprocher.
Trump pense que ses attaques incessantes contre Obama ternissent l’image de son prédécesseur honni. Elles révèlent surtout ses propres complexes, ses insuffisances et une succession d’échecs qui affaiblissent aujourd’hui le prestige et la crédibilité des États-Unis comme rarement auparavant, là où Obama était globalement parvenu à les préserver.



