Le général Vannacci, boulet politique de Meloni
Giorgia Meloni aborde la dernière ligne droite de son mandat après plusieurs revers politiques, avec une majorité de plus en plus fragile. Son avenir politique pourrait dépendre d’un homme aussi influent qu’encombrant : le général Roberto Vannacci.
Un général à la retraite de l’armée italienne tient aujourd’hui entre ses mains l’avenir du gouvernement Meloni. Peut-être même celui de l’Italie tout entière. Roberto Vannacci, 57 ans, a fait une entrée fracassante sur la scène politique il y a un an et se dirige désormais vers près de 10 % des intentions de vote aux élections législatives de 2027. Ancien parachutiste et aujourd’hui élu de la Ligue, il présente la particularité de siéger, au Parlement européen, au sein du groupe Europe des nations souveraines, aux côtés notamment de l’AfD allemande. Il est également un fervent admirateur de Vladimir Poutine, après avoir occupé les fonctions d’attaché militaire italien à l’ambassade de Moscou entre 2020 et 2022. Un profil singulier qui conduit de nombreux observateurs italiens à voir en lui l’un des principaux facteurs de déstabilisation de l’exécutif.
Les raisons de cette inquiétude sont nombreuses. Il y a d’abord le bilan d’un gouvernement de droite et d’extrême droite qui, en quatre ans, n’est pas parvenu à faire adopter une seule grande réforme. Puis, l’échec du référendum du 22 mars sur la réforme de la justice. Vient ensuite la fragmentation de la coalition au pouvoir, avec une Ligue de Matteo Salvini profondément divisée, notamment depuis la prise de distance de Vannacci. S’y ajoutent les hésitations de Forza Italia, héritière du berlusconisme, ainsi que les difficultés persistantes de l’économie italienne.
Enfin, la politique étrangère du gouvernement apparaît, elle aussi, fragilisée, nombre de ses choix ayant été contredits par les événements. Giorgia Meloni avait largement misé sur une relation privilégiée avec les États-Unis. Elle aura d’abord recueilli les éloges de Donald Trump, avant d’en subir les revirements, puis les attaques personnelles. Celui qui la présentait comme la dirigeante capable de réconcilier Washington et l’Europe n’a finalement pas hésité à la désavouer.
Le dilemme politique de Giorgia Meloni
Que peut désormais faire Giorgia Meloni dans une situation aussi complexe ? Son éventuel salut politique semble aujourd’hui dépendre largement de sa relation avec Roberto Vannacci, cet ancien militaire d’extrême droite, farouchement hostile à l’immigration, profondément eurosceptique et désormais ouvertement prorusse. Un profil qui séduit une partie des Italiens les plus modestes, déçus par une classe politique jugée impuissante. Son poids électoral pourrait offrir à la coalition de droite les voix nécessaires pour se maintenir au pouvoir et donner naissance à un « Meloni II », réunissant centre droit, droite et extrême droite. Mais au prix d’une réhabilitation, même implicite, de références mussoliniennes que Giorgia Meloni s’était jusqu’ici efforcée de tenir à distance.
Voilà tout le dilemme de la présidente du Conseil. Pour espérer rester au pouvoir, elle pourrait être contrainte de s’appuyer sur un homme qui assume des positions dont elle avait précisément cherché à s’éloigner depuis son arrivée aux responsabilités. Roberto Vannacci est ainsi devenu son principal piège politique.
L’alternative est redoutable : l’intégrer à sa majorité et risquer de perdre en crédibilité ; le tenir à l’écart, au risque de compromettre ses chances lors des prochaines élections.



