Le match Hollande-Glucksmann
Il reste trois mois avant l’été pour que se départagent les candidats à la présidentielle, qui sont au moins trois à droite et plus nombreux à gauche. Pour ne pas s’affronter, ils s’en remettent au juge de paix des sondages. À gauche, les militants s’inquiètent et appellent François Hollande et Raphaël Glucksmann à dialoguer.
Dès le clap de fin des municipales, le compte à rebours a démarré, mais à un an de la présidentielle, le casting n’est toujours pas finalisé. À droite, ils sont au moins trois sur la ligne de départ (Philippe, Retailleau et Attal) ; à gauche, ils sont encore plus nombreux. Au point que les Français s’inquiètent : à force de tergiverser, les partis traditionnels vont-ils les condamner à un duel de second tour entre le RN et LFI ?
À gauche, l’attente d’un candidat
Ce scénario noir n’a guère de chance de se réaliser. Mais il est entretenu par l’incertitude qui règne sur l’incarnation et le programme des candidats. À gauche, qui d’autre, hormis Jean-Luc Mélenchon ? Depuis que Boris Vallaud a enterré la primaire de la gauche en rejoignant, au sein du Parti socialiste, l’opposition à Olivier Faure, tous les scénarios sont ouverts, sans que, pour l’instant, personne ne sache vraiment vers où le vent va tourner. Sur le papier, la résolution qui, sans être adoptée, a mis le premier secrétaire en minorité profite à François Hollande, puisqu’elle dénonce, comme lui, autant la primaire de la gauche que toute alliance entre les socialistes et La France insoumise. Pas sûr, pour autant, qu’elle le conforte, du moins pour l’instant, tant chez les sociaux-démocrates chacun poursuit sa course dans son propre couloir.
D’abord Hollande qui, à la traîne à 8 % dans les sondages, prend la tête devant Raphaël Glucksmann de la cote de popularité que publie l’Ifop. Il s’active pour installer sa légitimité et espère, grâce à ses prises de position, ses déplacements et ses interventions dans les médias, surgir en tête comme au printemps 2011 lorsque « monsieur 3 % » a entamé son inexorable ascension vers l’Élysée. Hollande, le recours, forcément. Dans un monde en guerre, lui seul, pense-t-il, grâce à son expérience, aurait la légitimité nécessaire pour gagner.
Hollande et Glucksmann au coude-à-coude
Ce n’est pas forcément l’avis des autres. Traumatisé par le lynchage dont il fut l’objet au Parti socialiste lors de la constitution du Nouveau Front populaire après son beau score aux élections européennes, Raphaël Glucksmann dispose du couloir de Place publique pour se déployer. Un livre, qui doit être publié le 21 mai, et un grand meeting dans la foulée pourraient faire double office de programme et d’incarnation pour celui qui est le seul à sortir dans les sondages devant Jean-Luc Mélenchon, entre 12 et 14 %.
Il persiste cependant à faire cavalier seul et refuse, pour l’instant, d’intégrer le Parti socialiste par crainte de s’y faire broyer, lui qui est vent debout contre tout accord, même local, avec LFI. À noter la présence récente et bienveillante de sa coprésidente de Place publique, Aurore Lalucq, qui fait désormais le lien avec la gauche lorsqu’il s’agit de le représenter. Entre Hollande et Glucksmann, ne pas négliger Jérôme Guedj, candidat déjà déclaré, qui tient la place de tribun talentueux, alliant l’expérience à une forme de jeunesse, et qui s’entend bien avec les deux.
Au Parti socialiste, enfin, le cœur du réacteur sans lequel personne ne peut mener une campagne présidentielle, Olivier Faure, qui s’y voyait, a perdu, avec sa stratégie sinueuse de l’entre-deux-tours des municipales, le crédit qu’il avait gagné en négociant le budget. « Il est pat », assure un connaisseur, comme aux échecs lorsque le roi, sans être vaincu, ne peut plus bouger. Incapable de trouver un consensus dans son parti sur un candidat à la présidentielle, qu’il s’agisse de lui, qui en rêve, de son ami Boris Vallaud, qui y croit, de François Hollande, son concurrent honni, ou de Raphaël Glucksmann, dont il est plus proche mais qui refuse de rentrer dans ses rangs, le voilà condamné à jouer la montre. Quitte à bloquer toute candidature sociale-démocrate ? « Faure ne veut pas faire perdre la gauche, mais il ne veut pas se perdre », conclut notre spécialiste.
« Qu’Hollande et Glucksmann se parlent ! », scandent en chœur les opposants à Faure, convaincus que leur candidat sera l’un des deux. Dans leurs rangs, on s’organise, l’arme au pied, pour faire travailler les troupes ensemble. Qu’elle s’appelle Fédération, comme le souhaite Hollande, ou Comité de liaison, comme l’intitule Glucksmann, l’important serait d’y agréger les forces de Place publique, dont les troupes et les élus commencent à exister. Ensemble, ils créeraient une dynamique qui pourrait embarquer tout le Parti socialiste.
Deux prétendants à un même trône, c’est un de trop. Entre l’ex-président, qui se sent au-dessus du lot, et l’ex-favori, qui, depuis son émission sur LCI, doit prouver qu’il a les épaules pour gagner, qui l’emportera ?
Il reste trois mois d’ici à l’été pour décider. Car, une fois choisi le candidat social-démocrate, il faudra embarquer les laissés-pour-compte de la primaire hors Parti socialiste, à savoir Clémentine Autain, Marine Tondelier, François Ruffin, Lucie Castets, qui pourraient d’ici là, eux aussi, se départager… avant de se rassembler ? Encore du pain sur la planche…



