Le Pen-Mélenchon : le parti russe
Lepénistes et mélenchonistes sont d’accord sur un point : il faut cesser de soutenir l’Ukraine agressée par Poutine. Un tournant stratégique désastreux dont on parle peu en ce début de campagne
Louis Aliot sur BFM, répondant à Sonia Mabrouk qui l’interroge sur l’aide à l’Ukraine : « On coupe le robinet : le système éducatif, le système de santé, l’ensemble de l’économie, tout le monde est à l’os, et on trouve de l’argent pour aller encore financer des armes, moi je veux bien, mais qui paie pour tout ça ? Il faut savoir arrêter une guerre ».
Le RN veut couper l’aide à Kiev
Voilà qui a le mérite d’être clair : si le RN gagne la présidentielle, Poutine pourra se frotter les mains ; la France, selon toutes probabilités, quittera la coalition des volontaires qui soutient l’Ukraine et se retirera sur son Aventin. « Mourir pour Dantzig ? » demandait en 1939 Marcel Déat, futur collabo, pour refuser que la France s’oppose à Adolf Hitler. « Payer pour Kiev ? », s’interroge Louis Aliot, qui répond de la même manière face à Poutine.
C’est un enjeu décisif de 2027, dont on parle moins en ce début de campagne. Si le RN l’emporte, ou si Mélenchon est élu (hypothèse plus ténue…), la France opérera un virage sur l’aile en matière de politique étrangère. Virage désastreux : en pointe avec l’Allemagne pour résister à l’agression russe, elle fera soudain défection au nom d’une neutralité pleutre et soi-disant rentable, faisant fi de toutes les réalités géopolitiques.
Le soutien à l’Ukraine en question
Les innombrables déclarations de Marine Le Pen en faveur d’une « solution diplomatique » (comme si celle-ci n’avait pas buté sur l’intransigeance russe), ainsi que les votes hostiles du RN aux résolutions européennes de soutien à l’Ukraine, trouveront ainsi leur sinistre traduction. Sans la France, la « coalition des volontaires » se retrouverait amputée de son principal pilier et la résistance nécessaire aux appétits des empires affaiblie d’autant. « La Corrèze avant la Zambèze », disait Raymond Cartier pour fustiger l’aide aux pays pauvres. « La Touraine avant l’Ukraine », dit le RN.
D’autant qu’il n’est pas seul. Au nom d’une vision antédiluvienne qui oppose « l’impérialisme occidental » au « Sud global » (où l’on inclut la Russie…), Mélenchon plaide sans relâche pour un « non-alignement » stratégique, comme si nous étions encore en période de guerre froide et non dans un monde multilatéral menacé par plusieurs empires. Il plaide donc pour une sortie de l’OTAN et pour un refus de tout réarmement de l’Europe face à la Russie. Symétriquement, il suggère de louches accommodements avec quelques dictatures joyeusement répressives, Russie, Chine ou Venezuela.
Deux visions convergent face à la Russie
Telle est la France qui nous attend si les démagogues l’emportent : un pays Ponce-Pilate, rétréci, sans ambition, absent de la scène, dur avec l’Europe et mou face aux empires. Les Français le veulent-ils vraiment ?



