Le Pen-Mélenchon : le ridicule débat sur la clim’

par Laurent Joffrin |  publié le 22/06/2026

En ces temps de canicule, l’une veut généraliser la climatisation, l’autre la proscrire. Pour occuper la scène au détriment des partis rationnels, les leaders du RN et de LFI mettent en scène une controverse grotesque et ignorante.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Qui nous délivrera un jour de la radicalité ? Cette idée selon laquelle il n’est de solution, à quelque problème que ce soit, que dans l’application de méthodes « radicales » (autrement dit extrêmes), est un nuisible invariant de la vie politique. Dans certains cas, très rares, elle est justifiée (lutte contre un pouvoir tyrannique, combat pour une cause urgente et essentielle pour lequel il n’est d’autre solution). Mais la plupart du temps, elle n’apporte que confusion, outrance ou ridicule. Quand ce n’est pas violence…

Une polémique entre RN et LFI

Dans l’ordre du ridicule (fort heureusement), le débat sur la canicule qui frappe la France offre un exemple parfait. Désignons les protagonistes : à mon extrême droite, Marine Le Pen ; pour lutter contre des chaleurs dangereuses, dit-elle, il faut appliquer un plan massif de climatisation ; à mon extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon ; cette dame, dit-il, « n’y connaît rien », il faut surtout proscrire la climatisation, remède qui aggrave le mal.

Ainsi s’installe un débat caricatural qui a pour seul motif, et seul effet, de mettre une nouvelle fois en scène le tête-à-tête RN-LFI, que les deux histrions de la radicalité jugent bénéfique à leur parti. Et pour cause : la polémique savamment orchestrée rejette dans l’ombre les tenants de solutions plus rationnelles et, pour cette raison, moins prisées par les médias, c’est-à-dire les partis républicains qui s’efforcent de proposer des plans réfléchis et réalistes. En ce temps de températures extrêmes, le mot d’ordre est tout trouvé : à mort les tièdes !

Climatisation et adaptation au réchauffement

En fait, quiconque se penche de bonne foi sur le dossier reconnaîtra qu’une climatisation massive, à seule fin de confort, comme on la pratique couramment aux États-Unis, fait augmenter la température extérieure des villes d’un ou deux degrés, chose contraire à l’intérêt général. Mieux vaut isoler les bâtiments et favoriser les espaces verts, de manière à atténuer le réchauffement général et réserver la climatisation aux cas les plus difficiles.

Mais le même observateur candide verra très vite que l’absence de toute climatisation, les choses étant ce qu’elles sont, menace, en cas de hausse brutale des températures, les plus âgés et les plus fragiles. En attendant que tout le bâti français soit rénové pour limiter les écarts de chaleur, il est raisonnable, pour tous ceux qui craignent la surchauffe, de s’équiper d’un appareil secourable lors des pics météorologiques. Autrement dit, en vouant la climatisation aux gémonies, Mélenchon imite Marine Le Pen comme dans un miroir et tombe dans un ridicule inversé.

Les limites des positions extrêmes

D’autant que les progrès techniques en la matière sont incessants et que la climatisation intelligente (par la géothermie, par l’usage de machines autonomes qui n’expulsent pas d’air chaud à l’extérieur, etc.) offre de nouvelles solutions efficaces et peu coûteuses. Mais on sait que cette perspective déplaît à beaucoup d’écologistes, qui ont en horreur le « technosolutionnisme », préférant infliger à l’humanité coupable l’inconfort de la chaleur élevée pour bien lui faire comprendre qu’elle a péché contre la déesse Terre et qu’elle doit en conséquence expier ses fautes.

Mais au moins, on pourrait en discuter, entrer dans un débat intéressant, plutôt que commenter les billevesées des deux matamores de la radicalité.

Laurent Joffrin