Le PS poursuit son auto-effacement

par Boris Enet |  publié le 07/07/2026

Huit ans après l’arrivée d’Olivier Faure à sa tête, le Parti socialiste traverse l’une des crises les plus profondes de son histoire. Le vote des militants dépasse désormais le sort du premier secrétaire : il pose celle de l’avenir même du parti.

Portrait du député Olivier Faure, membre du groupe parlementaire socialiste, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 6 juillet 2026. (Photo Amaury Cornu / Hans Lucas via AFP)

« Faure creuse, le PS s’enfonce », écrivions-nous il y a peu. Toujours premier secrétaire, frondeur pour Mélenchon aux côtés de Tondelier, il revêt désormais le costume du fossoyeur pour mieux enterrer une formation au plus mal, à l’avant-veille d’une soirée sanglante.

À force d’être satellisée, soumise, humiliée par la phalange populiste, poutinienne et eurosceptique, la vieille maison sociale-démocrate se meurt, semblant consentir à sa propre déliquescence.

Ce bilan est celui d’un premier secrétaire aux manettes depuis huit ans. À la remorque d’une radicalité du vide, jusqu’à l’adoption récente d’une liste de courses en guise de programme, adoptée par une poignée de militants, le Parti socialiste n’est plus que l’ombre de lui-même. Réduit à une arrière-boutique, coiffée par un petit appareil qui se suffit à lui-même, contre mauvais vents et marées insoumises.

Ce n’est pas la première fois de sa longue histoire que la formation de Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand tutoie la mort subite, mais cette fois, ce peut être la dernière. En surjouant une remontada improbable derrière un paravent parlementaire inespéré de 67 députés à l’issue de la dissolution incongrue, il avait presque réussi à faire oublier les conditions baroques d’une élection portée par un front républicain de dernier recours. L’espace d’une gauche démocratique et républicaine demeure, mais son périmètre n’est plus celui du Parti socialiste.

L’œuvre d’un bureaucrate indéboulonnable

Dans une révérence permanente à LFI et à ses proxys, à l’instar de sa commère Marine Tondelier, Olivier Faure fait le pari que l’hégémonie idéologique de la social-démocratie n’est et ne sera plus. Jean-Luc Mélenchon, ancien sénateur et ancien ministre socialiste, en avait tiré, sur la même base, d’autres conséquences avec davantage de panache, avant de se transformer en caudillo autoritaire. Faure, en restant à portée de tir de son ex-partenaire, a perdu sur tous les tableaux, décevant les plus radicaux comme les vieux militants réformistes. Dans cet ultime aveu à l’Assemblée, votant une censure d’affichage avec son clan contre la décision de son groupe et avec des Verts réduits à la portion congrue, il éclaire le choix auquel les derniers militants socialistes encore debout seront confrontés, le 9 juillet.

Cette consultation militante, au cœur de l’été caniculaire, dans le format de la primaire d’une gauche phagocytée par les tenants de la radicalité, des programmes de la Nupes jusqu’au Nouveau Front populaire, couronne son grand-œuvre. Il l’avait entrepris avec un parti de 90 000 militants au congrès de Valenciennes. À la tête d’un dernier carré de 20 000 adhérents actifs, désormais minoritaire au sein de la direction, dans une maison commune régie par un syndic de cohabitation, Faure règne sur des terres brûlées dont beaucoup sont devenues stériles. Jeudi, non seulement la participation sera inévitablement famélique, mais les fraudes seront probablement légion. Qu’il l’emporte ou qu’il soit défait, dans tous les cas, Olivier Faure se sera perdu en détruisant méthodiquement le Parti socialiste.

Un récit politique avant le vote militant

Contrairement à l’introduction d’un « programme » adopté de dépit par une petite minorité, la social-démocratie n’est pas le vestige d’une histoire au rayon des dinosaures, parce qu’aucune autre vision sérieuse ne l’a remplacée. L’histoire du XXe siècle en atteste. Contrairement aux fables colportées par cette gauche honteuse de sa culture de gouvernement, de ses acquis, de ses erreurs, voire de ses errances, il n’y aurait aucun fétichisme à vouloir se débarrasser de l’ancien monde pour accoucher d’un nouveau, à la condition qu’il soit plausible, réel, à portée de l’action collective et majoritaire.

Or, l’identité d’une nouvelle social-démocratie, revendiquée par l’actuelle direction, est la pâle copie des délires insoumis. Longtemps, Olivier Faure s’est abrité derrière le bilan contrasté de François Hollande, président, pour justifier de l’effacement socialiste. Huit ans plus tard, il n’ose plus. Les plus grosses ficelles finissent par céder. Longtemps, Olivier Faure s’est épanché sur le score de la candidate socialiste en 2022, à qui il avait lui-même savonné la planche ; il ne le peut plus. Longtemps, Olivier Faure a présenté la nécessaire revitalisation d’un parti comme un préalable pour ne pas en faire un club de préretraités ; il s’en est montré incapable. Alors, pourquoi resterait-il en place, si ce n’est pour les prébendes des siens ?

Comme tout bureaucrate solidement campé, Olivier Faure n’est pas dénué de sens tactique, à défaut de se révéler théoricien sur le tard. Il connaît les faiblesses de ses oppositions, leur crainte de prendre l’initiative de le renverser. Il connaît tout autant la géographie des circonscriptions électorales. Il anticipe une possible, sinon probable, défaite socialiste le 18 avril 2027 puisqu’il en a créé les conditions. Dès lors, il s’efforce de composer une fois encore avec tout et son contraire. Confronté à une poussée identitaire et nationaliste dans le pays, il en appellera au réflexe unitaire, à la remorque de Mélenchon, sauvant quelques strapontins législatifs, à commencer par le sien, revendiquant un programme compatible avec celui qu’il a fait entériner en catimini il y a quelques semaines.

Mélenchon le disait publiquement : « Les socialistes ne coûtent pas bien cher à acheter… », certains du moins. Il est ainsi des hommes politiques qui peuvent exister dans l’antichambre du pouvoir jusqu’à ce que mort s’ensuive, une carrière au lieu d’une ambition et d’un projet.

L’espoir face au naufrage programmé

Jeudi, dans les bureaux de vote socialistes et avant que ne s’ouvre un Maroc-France autrement plus prometteur, le match sera, comme au tour précédent, sous une chaleur étouffante et offrira un spectacle de piètre qualité. Comme face au Paraguay, le terrain sera miné, l’arbitrage inexistant, sans la force souriante de Kylian Mbappé. Quoi qu’il arrive, le sélectionneur Olivier Faure n’a ni bilan, ni système de jeu, ni avenir.

Boris Enet