Le scénario Hollande
Pas encore candidat à la présidentielle, l’ex-président est l’un des plus visibles sur la scène politique. Entre la primaire de la gauche et la course à l’échalote à droite, son espace n’est pas clairement défini. Mais la fragilité des autres candidats lui laisse des raisons d’espérer.
Il est partout. Sur le terrain, pour la signature de son livre dans la moindre librairie qui l’accueillera, à Paris ou en province où il en profite pour faire le tour de la ville ; dans les débats face aux uns et aux autres, à l’invitation de partis politiques ou d’associations ; à la radio et à la télévision, avec des journalistes ou des Français. Et quand il se rend pour la première fois depuis 28 ans à Frangy-en-Bresse, à la Fête de la Rose, où il entonne avec ses camarades des chansons de banquet, il obtient deux pages laudatrices dans Le Figaro qui reprend son appel à l’union sacrée des démocrates au-delà des partis.
Quelle agitation ! Parmi tous les candidats à la présidentielle, François Hollande est l’un de ceux qui occupent le plus la scène politique… alors que lui ne l’est pas, ou pas encore. Pourquoi cet intérêt pour un ex-président qui n’a pas pu se représenter en 2017 et qui sur le papier n’a guère de chances de pouvoir prendre sa revanche dix années plus tard ? Parce que l’offre des candidats à la présidentielle paraît aujourd’hui fragile.
La primaire de gauche en ligne de mire
À gauche, ils sont six dans son camp sur la ligne de départ de la primaire sociale-démocrate qui en réalité en opposera deux : Raphaël Glucksmann et Olivier Faure. Si par surprise, ce dernier devait l’emporter, il est aujourd’hui à 3,5 % dans les sondages et chacun sait qu’Olivier Faure joue prioritairement son renouvellement à la tête du Parti socialiste. Raphaël Glucksmann, le favori, pourrait, lui, croire en son étoile. Mais son équation est complexe. Le dernier sondage Harris Interactive le met à 9-10 % d’intentions de vote contre 16-17 % pour Jean-Luc Mélenchon et 33-34 % pour Marine Le Pen. À sept mois de la présidentielle, rien n’est joué. Mais il sait qu’il aura besoin de la dynamique de la primaire pour se relancer. Interviendra-t-elle ? Réponse à l’issue des trois débats télévisés sur France 2, LCI et BFMTV.
Glucksmann et Faure pourraient du coup avoir des états d’âme mais pour des raisons inverses.
Raphaël Glucksmann a la force de sa faiblesse : il n’est pas un homme politique mais un citoyen candidat, convaincu et authentique. Bardé de belles valeurs, a-t-il pour autant l’étoffe d’un président ? Et surtout, aura-t-il l’audace, à 46 ans, de se lancer dans une candidature périlleuse au risque d’être devancé par Jean-Luc Mélenchon à l’issue du premier tour et de faire gagner l’extrême droite au second tour ? Ce serait contraire à toutes ses convictions. Quant à Olivier Faure, 58 ans, il peut craindre qu’un score calamiteux, après celui d’Anne Hidalgo, à la présidentielle, le disqualifie pour rester premier secrétaire du PS.
François Hollande se place en recours
À 72 ans, François Hollande livre a contrario son dernier combat : il n’a plus rien à perdre. Il a l’envie, l’expérience, et le sens tactique pour se situer au-dessus de la mêlée, comme le recours au cas où aucun candidat à gauche ne tiendrait la route pour mener la mère des batailles. Mais pour quelle improbable raison le vainqueur de la primaire lui passerait-il le flambeau ? Parce que, pense-t-il, il est compatible avec les deux : avec Olivier Faure, ils se sont côtoyés des décennies au sein du PS ; avec Glucksmann, ils se méfient l’un de l’autre mais s’entendent. Hollande est surtout leur aîné : il ne sera pas dans leurs pattes de trop longues années. Des deals pourront être passés d’autant qu’il a redéfini dans son livre le profil d’un président de la République qui prend de la hauteur et laisse le gouvernement gouverner. Avec lui, il y aurait de la place…
Enfin, il y a cette union des démocrates, la seule configuration qui pourrait empêcher Marine Le Pen de gagner, puisqu’aucun parti politique ne la battra seul. Or, pour l’instant, à droite, c’est Édouard Philippe le mieux placé. Dans le sondage Harris Interactive cité ci-dessus, il obtient 19 % des intentions de vote (sans Gabriel Attal) contre seulement 7 % pour François Hollande. Il est le seul à devancer Jean-Luc Mélenchon et à avoir une chance de battre Marine Le Pen dans la foulée.
La concurrence du bloc central
Le match paraît donc plié : Édouard Philippe devance tout candidat social-démocrate. Pourquoi alors continuer de s’agiter ainsi ? Parce que malgré son avance, l’ex-Premier ministre d’Emmanuel Macron est réputé rigide, replié sur son électorat de centre droit qui inclut le bloc central élargi à LR, un socle trop étroit pour l’emporter. L’ardeur que met Gabriel Attal à le bousculer le déstabilise, alors que le jeune « homme trop pressé » comme il le surnomme veut vendre cher sa peau. La radicalité que déploie Bruno Retailleau, dont les électeurs sont attirés par le RN, l’oblige à un jeu d’équilibriste compliqué. Enfin, il n’a pas pu livrer tout son programme tant certaines de ses mesures seraient impopulaires. Sans oublier sa dernière bourde où il suggérait une à deux semaines de vacances au président élu en 2027, avant de prendre ses fonctions, ce qui a permis à Marine Le Pen de le surnommer « Édouard le flemmard ».
Jusqu’à semer le doute au sein de son propre camp ? La réalité est que s’imposera comme le meilleur candidat face à Marine Le Pen celui qui saura le mieux agréger l’ensemble de toutes les autres forces politiques hormis LFI. Sans aller jusqu’à Dominique de Villepin qui en appelle à la constitution d’une sorte de Conseil national de la Résistance comme De Gaulle en 1943, François Hollande fait le pari qu’en se situant ailleurs, au-dessus de la mêlée et des partis, tout en restant socialiste, c’est lui qui pourra le mieux rassembler contre l’extrême droite les forces du pays.
Certes, Glucksmann, Philippe ou même Attal visent aussi le créneau. Mais lui, que l’on ne voit jamais accompagné, n’est entravé par rien ni personne. En cela, il en conserve toute sa liberté.



