Le sombre avenir de la droite

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 17/04/2026

Ces 18 et 19 avril, les Républicains sont appelés à voter pour choisir leur mode de désignation d’un candidat à la présidentielle, dans un parti plus divisé que jamais.

Bruno Retailleau, président des Républicains (LR) et candidat à l'élection présidentielle de 2027, participe au séminaire des sénateurs LR à Nancy, le 17 avril 2026. (Photo Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP)

Bruno Retailleau va sans doute réussir son coup et se faire adouber par les militants comme leur champion pour 2027. Ceux-ci doivent répondre à une consultation qui leur offre trois choix de méthodes pour sélectionner un candidat LR : primaires internes, primaires ouvertes aux sympathisants, intronisation du président du parti. Les opérations semblent si bien verrouillées que le résultat paraît connu d’avance en faveur de l’ancien ministre de l’Intérieur.

Un vote taillé sur mesure

Mais il n’y aura pas de quoi pavoiser. L’organisation de ce vote ressemble plus à un plébiscite qu’à une réelle consultation démocratique. Même le choix des militants qui auront le droit de se prononcer a été calculé pour donner le maximum de chances à la confirmation du président de LR. Seuls, en effet, les encartés à jour de leur cotisation en 2026 sont invités au scrutin. Tant pis s’ils sont moins nombreux, ils seront plus « sûrs ».

Mais c’est un autre aspect de cette mascarade qui est le plus critiqué. Dans ce QCM sur mesure, aucune place n’est laissée à la possibilité d’une candidature d’union allant au-delà de LR. Alors que chacun sait que la multiplicité des candidatures provoquerait sans doute l’élimination dès le premier tour de la présidentielle. Les sondages ne promettant que 7 % d’intentions de vote à Bruno Retailleau, loin des scores flatteurs acquis avant que sa cote ne retombe comme un soufflé, personne ne l’imagine se qualifier pour affronter le RN.

Le principal opposant au Vendéen, Laurent Wauquiez, n’a pas manqué de le faire remarquer. Il a d’ailleurs déjà annoncé qu’il voterait blanc. « C’est un choix de dupes qui sera proposé, explique-t-il. La seule question qui n’est pas posée aux militants, c’est celle de savoir s’ils préfèrent un candidat LR quoi qu’il arrive, au risque de perdre la présidentielle, ou un rassemblement de la droite, que je défends. Il faut un seul candidat de la droite ! » Mais Wauquiez, lui, est partisan de primaires « de Darmanin à Knafo ». Une thèse qui ne fait pas non plus l’unanimité. On s’en serait douté…

Une droite fragmentée entre trois lignes

Car une troisième tendance s’affirme au sein de ce parti décidément déchiré : les avocats du ni-ni, ni LFI ni extrême droite, au sein de laquelle est située Reconquête. Jean-François Copé est sur cette ligne, soulignant que Sarah Knafo siège au Parlement européen dans un groupe où elle côtoie des néo-nazis. Ils sont nombreux à partager son intransigeance vis-à-vis de l’extrême droite : Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Gérard Larcher… Leur idée : un candidat unique du centre et d’une droite classique dénuée de toute ambiguïté.

C’est dire si l’ambiance est chaleureuse dans ce parti déchiré entre autant d’avocats de stratégies différentes. C’est l’ère du soupçon et des croche-pieds. Retailleau est accusé de flirter avec le RN et de vouloir faire l’union des droites. Wauquiez, comme d’habitude, est suspecté de jeu personnel (il y a un an, il estimait que les primaires n’étaient pas gaullistes, aujourd’hui il y est favorable…). Copé, depuis qu’Édouard Philippe a écrit une belle critique de son livre Quand les populistes trahissent le peuple, est suspecté de rouler pour le voisin d’Horizons, etc.

Dans ce petit parti qui n’en finit pas de ruminer sa gloire passée et son absence de l’Élysée depuis Nicolas Sarkozy, on se bat pour les restes. Coincé entre l’avancée du Rassemblement national et la persistance du néo-macronisme au centre droit, il fait face à un avenir bien sombre. Malgré le maintien de nombreux élus locaux, LR peut avoir le destin du Parti radical, une lente agonie. Et en être réduit à avoir deux seules options lors de la présidentielle : se retirer au profit du bloc central ou se maintenir en faisant élire le RN. Pas très satisfaisant pour les lointains héritiers du général de Gaulle.

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse