Léon XIV : l’humain avant l’IA
À peine un an après son élection, Léon XIV signe une encyclique qui dépasse largement les frontières du débat théologique. Intelligence artificielle, guerre, responsabilité politique : le pape s’invite au cœur des grands affrontements contemporains.
En moins d’un an, Robert Francis Prévost, surnommé « le pape américain », ou encore « le pape mathématicien », a écrit de sa main les 231 pages de sa première encyclique, intitulée Magnifica Humanitas. Personne à ses côtés pour lui souffler des suggestions. Un seul guide : son prédécesseur Léon XIII qui, le 15 mai 1891, publiait Rerum novarum, texte appelé à accompagner pendant des décennies le catholicisme sur le terrain social.
Une encyclique contre l’IA militaire
La Humanitas, signée officiellement le 15 mai 2026 et rendue publique dix jours plus tard, poursuit pour sa part un objectif majeur : « désarmer l’intelligence artificielle », qui, selon le pape, bouleverse aujourd’hui « le destin de l’humanité ». Entendons-nous bien : Léon XIV n’entend nullement déclarer la guerre à la Silicon Valley ni jeter aux orties la science et la technique. Il souhaite simplement promouvoir un « nouvel humanisme de l’ère digitale ». Tel est son premier objectif, dans la plus pure tradition des grands documents officiels du Vatican. Mais cette encyclique va bien au-delà de ce souci d’humaniser l’IA et prend parfois les allures d’un véritable manifeste politique.
Un message adressé aux États
D’abord lorsqu’elle affirme que « la machine élabore et propose, mais ne doit en aucun cas décider ». Ensuite lorsqu’elle réclame « de la responsabilité, de la compétence et des capacités de gouvernement ». Enfin lorsqu’elle soutient qu’« il n’existe pas de guerre juste » et déplore que les conflits armés se développent aujourd’hui grâce à « l’aide systématique de l’IA, sans la moindre pensée pour les victimes humaines ». Le pontife ne se contente donc pas de réfléchir aux contours de la nouvelle révolution industrielle : il interpelle aussi les États, les responsables politiques locaux et nationaux, et pas seulement le monde économique. Une attitude qu’Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté catholique de Sant’Egidio, interprète comme la volonté d’aller au-delà d’une simple critique de la « République technologique ». Le 26 mai, Léon XIV faisait d’ailleurs sa première déclaration publique en faveur de la Flottille qui se dirigeait vers Gaza avec ses 426 passagers avant d’être interceptée par les soldats israéliens. Puis, il lançait un appel en faveur des « aides humanitaires au peuple palestinien », estimant que « Gaza a besoin de secours ».
Dans la foulée, les services du Vatican se mobilisaient pour souligner auprès de la presse combien était significative la présence, le 25 mai, aux côtés du pontife, de cet Américain nommé Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, géant valorisé à 350 milliards de dollars.
Un signal politique à Washington
Celui-ci avait eu le courage de refuser un généreux contrat avec le Pentagone, s’attirant les critiques virulentes de Donald Trump, qui l’avait qualifié d’« entreprise radicale de gauche et très woke ».
Peut-on imaginer, de la part d’un pape, un geste plus ouvertement critique à l’égard de l’Amérique trumpienne que cette présence ? Un geste qui va au-delà de l’invitation adressée aux citoyens à se transformer en laboratoire d’humanité et leur suggère de devenir le lieu privilégié de l’anti-délire trumpien ? Avec l’Europe en ligne de mire, cela paraît évident.



