Léon XIV, un pape géopolitique
Le pape américain n’entend pas cantonner son pontificat aux affaires de l’Église. Face aux tensions entre Washington et l’Europe, à la guerre en Ukraine et à la question migratoire, Léon XIV replace le Vatican au cœur du jeu diplomatique.
Les signaux se multiplient : à Moscou le 26 août, puis à Paris le 25 septembre, deux rendez-vous qui esquissent la nouvelle stratégie politique du Vatican, sous l’impulsion de Léon XIV, qui se rendra en France du 25 au 28 septembre. À Moscou, il a dépêché le Britannique Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations internationales du Saint-Siège. Ces voyages ont peu à voir avec les questions de foi, mais beaucoup avec le rôle international du pape américain. Sur le continent européen, Russie comprise, comme aux États-Unis, un dossier figure notamment au cœur de ses préoccupations : celui des migrants.
Dans ses discours, le pontife n’a jamais manqué de rappeler que « les personnes passent avant les frontières ». Désormais, il appelle aussi les gouvernements à « libérer la technologie et la finance des business de la mort ». Un changement de registre. Le 4 juillet, il se rend sur les tombes des migrants morts au large de l’île de Lampedusa et dénonce une responsabilité de l’Europe tout entière, et surtout de l’Union européenne, devenue selon lui une forteresse anti-immigrés, avec des règles qui signent la fin du droit d’asile, en raison notamment de contrôles renforcés et de migrants bloqués dans des limbes juridiques. Les propos d’un chef d’État plus que d’un homme de foi.
Léon XIV et Donald Trump
Convaincu que l’alliance entre les États-Unis et l’Europe a fait de bonnes choses dans le passé et doit donc être défendue — c’est du moins ce que soutient Massimo Faggioli, théologien italien, professeur à l’université Villanova, en Pennsylvanie —, Léon l’Américain sait se montrer sévère avec Trump, tout en répondant à ses attaques avec la prudence qui sied aux grandes négociations internationales. « Il connaît bien Donald Trump. Jusqu’en avril 2026, il a parlé de lui de manière indirecte, à l’occasion de déclarations sur l’Iran, Cuba ou le Venezuela. S’il a été insulté, il a répondu, mais jamais sur le même registre », relève Faggioli. Celui-ci vient de publier en Italie un livre consacré à Léon XIV* et estime que ce pape est un grand diplomate, capable de se rendre, le 4 juillet, à la réception organisée par l’ambassade des États-Unis près le Saint-Siège pour le 250e anniversaire de l’indépendance américaine. Car, selon Faggioli, être anti-Trump est une chose, n’être que cela en est une autre. Pour Léon XIV, il faut « toujours savoir », mais aussi « toujours négocier ». Le théologien italien fait ainsi l’éloge du nouvel atlantisme léonien, qui finit paradoxalement par « renforcer l’identité de l’Europe ».
Car, avec la fin de l’ère Delors, l’Union européenne avait disparu des discours pontificaux. Léon XIV lui a redonné vie. Sans proclamations fracassantes. En laissant simplement deviner que, pour lui, l’Europe est un continent qui entretient un rapport privilégié avec l’Ukraine et qui, au Proche-Orient, milite en faveur d’un État palestinien. Aux États d’en tirer les conséquences.
(*) Leone XIV e la Chiesa globale. Unità e pace, Éditions Morcelliana, juin 2026.



