Les effets pervers du duo Mélenchon-Le Pen
À force de se radicaliser et de s’invectiver en toute complicité pour étouffer leurs adversaires, les extrêmes jouent un jeu dangereux pour le pays… et pour eux-mêmes.
On n’entend qu’eux. Le RN et LFI ont décidé de confisquer la campagne. À force de déverser dans le débat public des propositions hautement controversées, ils monopolisent l’attention. Leurs adversaires en sont réduits à voir passer les balles et compter les coups, impuissants à capter l’attention avec leurs mesures raisonnables. Pour l’instant, cette radicalisation voulue par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon est payante. Mais elle peut finir par se retourner contre eux.
Le RN et LFI monopolisent le débat
Jusqu’ici, la stratégie semble bien rodée, d’autant que le RN est en pleine « débardellisation ». Le lider maximo n’a pas de mots trop durs pour qualifier l’ex-plan B : un « fasciste sans réputation et sans portée », alors qu’il incarnerait plutôt l’aile modérée de son parti. La fille de Jean-Marie Le Pen n’est pas plus tendre envers son meilleur ennemi de LFI : un « sous-traitant de l’idéologie islamiste ». Les coups pleuvent, laissant (presque) sans voix les modérés de tous bords.
Jean-Luc Mélenchon veut « brûler » la dette, bloquer les prix et réautoriser le port de l’abaya à l’école. Marine Le Pen veut interdire le voile dans l’espace public, « couper le robinet » à l’Ukraine et s’acoquiner avec Nigel Farage. Polémiques assurées pour les deux candidats qui se plaisent comme jamais à se caricaturer et s’attaquer. Chacun flatte son public avec des mesures électoralistes et se donne le beau rôle en pourfendant le supposé ennemi. En riant sous cape.
Une stratégie qui peut se retourner
Combien de temps ce mano en la mano va-t-il durer et enfoncer les démocrates dans les eaux tièdes du cercle de la raison ? Et peut-il servir les intérêts du RN et de LFI jusqu’au bout ? Le duo délétère peut finir par être contreproductif, le jour où les modérés seront enfin en ordre de marche. Aujourd’hui, c’est le pot au noir dans chaque camp. On ne sait pas qui sera le candidat, ni à gauche, ni à droite. Une mêlée confuse, et peu ragoûtante, va prévaloir jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un par famille. Le champion désigné aura alors enfin une chance de se faire entendre, s’il en a le talent.
L’alliance objective des extrêmes peut surtout se payer cher à la fin, lors des deux tours de la présidentielle. La diabolisation est aussi un handicap. Au premier tour, les outrances de Mélenchon n’en font pas le candidat « utile » pour battre Marine Le Pen. Il est donc probable qu’une partie des électeurs voteront pour la personnalité la mieux placée pour vaincre l’extrême droite, même si elle n’est pas de son camp, pour écarter la perspective d’un second tour entre les complices. Exit possiblement Mélenchon…
Le second tour comme épreuve décisive
Et à ce second round, le retour de Marine Le Pen au credo populiste risque de lui aliéner la poignée de voix d’électeurs qui auraient pu être tentés par un RN normalisé. Il faut par définition atteindre 50 % pour gagner. Ce sera loin du score de premier tour de la candidate. Le plafond de verre semblait s’éloigner avec la mise sur orbite de Jordan Bardella. Avec un numéro 2 remis à sa place, l’arrivée au pouvoir du RN peut faire assez peur pour qu’une forme de front républicain se reconstitue.
D’autant plus que l’ombre de l’AfD va planer au-dessus de la campagne. Les Français voudront-ils s’engouffrer dans cette brèche stupéfiante, ou bien ouvriront-ils les yeux sur la triste réalité de l’extrême droite, avec son cortège d’horreurs ? Il ne suffira pas au RN d’affirmer qu’il n’a rien à voir avec cet encombrant homologue. Il faudra le prouver. Espérons que les Français ne lui donneront pas l’occasion d’essayer de le faire…



