Les jeux du cirque Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 05/06/2026

À l’approche des 250 ans des États-Unis, Donald Trump confond chaque jour un peu plus la destinée du pays avec la sienne. Sa dernière folie : l’installation d’un ring dédié aux sports de combat extrêmes dans les jardins de la Maison-Blanche.

Les préparatifs se poursuivent pour l'événement Freedom 250 de l'Ultimate Fighting Championship (UFC), qui se tiendra sur la pelouse sud de la Maison Blanche à l'occasion de la Fête du Drapeau et de son 80e anniversaire, le 14 juin. (Photo Chip Somodevilla / Getty Images / AFP)

Au cours des prochaines semaines, Donald Trump fêtera son 80e anniversaire tandis que les États-Unis célébreront leurs 250 ans. Si un Arc de Triomphe — « plus grand que celui de Paris », selon les propres mots d’un Trump toujours aussi fasciné par les démonstrations de grandeur — doit marquer cet anniversaire national, le président s’offrira également un cadeau à son image : une compétition d’« Ultimate Fighting Championship » (UFC), mélange de boxe et de catch, organisée dans un ring actuellement en construction dans les jardins de la Maison-Blanche. Quant au méga-concert prévu le 4 juillet, il tourne au fiasco après une série de désistements d’artistes. Trump a toutefois trouvé la parade : remplacer les vedettes absentes par un discours présidentiel.

L’anniversaire de Trump érigé en événement national

Les trois semaines séparant le 14 juin, date de son anniversaire, et le 4 juillet, fête nationale américaine, seront celles de la célébration de la grandeur : la sienne et, accessoirement, celle du pays qu’il dirige. Cette confusion n’a rien d’anodin. Elle traduit la difficulté de Trump à distinguer son destin personnel de celui des États-Unis. Il est d’ailleurs révélateur que le projet de billet commémoratif de 250 dollars émis à l’occasion des 250 ans du pays soit à son effigie, une première pour un président en exercice.

Trump est le premier président américain à mettre ainsi en scène son anniversaire, qui devient de fait une date quasi officielle du calendrier national, comme dans certaines républiques bananières. En 2025, il avait choisi une parade militaire ; cette année, ce seront donc des combats de boxe et de catch qui assureront le spectacle. Et qui contribueront au passage à son enrichissement. Sa mégalomanie n’ayant d’égale que son sens des affaires, Trump a, au passage, acquis des actions de l’UFC avant de promouvoir publiquement l’événement.

Travaux, affaires et confusion des rôles

La Maison-Blanche ressemble désormais à un vaste chantier. Une partie de l’aile Est a été démolie pour faire place à une salle de bal géante, dont le coût pourrait atteindre un milliard de dollars, après que Trump eut assuré qu’elle ne coûterait rien au contribuable. À cela s’ajoute la construction du ring. Il est difficile de ne pas y voir une métaphore de sa présidence : destruction des normes, culte de l’apparence, mensonge, confusion des intérêts publics et privés, hubris et mauvais goût.

Du pain et des jeux : telle était la stratégie des empereurs romains pour assurer la docilité de leur peuple. La nouveauté dans l’Amérique trumpienne est que les gladiateurs modernes combattront avant tout pour divertir l’enfant-roi installé à la Maison-Blanche. Pendant ce temps, les Américains subissent les conséquences économiques d’une guerre contre l’Iran dont leur président semble lui-même chercher l’issue.

Le Néron des temps modernes, selon l’expression du sénateur français Claude Malhuret, s’amuse tandis que ses concitoyens s’inquiètent et que le monde s’enfonce un peu plus dans le désordre. King Trump aura sa célébration. Mais il aura aussi contribué à dénaturer l’anniversaire des 250 ans d’une grande démocratie devenue presque aussi méconnaissable que la Maison-Blanche elle-même.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis