Les migrants au secours du modèle social

par Rémy Goubert |  publié le 04/10/2026

L’accueil des immigrés n’est pas seulement une affaire de morale. Le vieillissement de la population rend indispensable l’apport de travailleurs étrangers, faute de quoi les comptes sociaux ne pourront se redresser.

Nazeer, un Soudanais de 22 ans, au travail dans la cuisine de l'hôpital de Dainville, près d'Arras. Un an avant, Nazeer vivait dans le camp de migrants de la « Jungle », à Calais. (Photo FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

« Il y a trop de migrants en France. » Ce poncif semble être un constat dans le débat public. Pourtant, la raison indique le contraire : la France n’est ni le pays européen qui accueille le plus, ni le plus généreux. En réalité, la France n’est surtout pas prête. Elle n’est pas prête à accepter une idée simple : nous allons devoir accueillir davantage.

Nous le devrons d’abord en raison des aléas climatiques qui redessinent les conditions mêmes de la vie dans certaines régions du globe. Nous le devrons aussi par humanisme, car la France est viscéralement une terre d’asile. Il faut être clair : c’est l’humanité, et non le simple développement économique, qui justifie et honore l’accueil. On accueille pour l’autre avant d’accueillir pour soi.

Mais il faut s’arrêter sur un autre argument, purement utilitariste : nous allons devoir accueillir pour assurer la survie de notre propre modèle social.

Le vieillissement bouleverse le modèle social

Le vieillissement de la population française n’est plus une projection lointaine, c’est une réalité comptable immédiate. D’ici 2050, selon la DREES, la France comptera près de 23 millions de personnes de 60 ans ou plus, soit 5 millions de plus qu’aujourd’hui, et le nombre de seniors en perte d’autonomie va bondir de 700 000.

Qui va s’occuper de nos aînés ? Qui s’en occupe déjà en vérité, si ce n’est les travailleurs immigrés, surreprésentés dans les métiers de l’aide à domicile et du soin ? Ces travailleurs sont indispensables pour exercer des métiers pénibles que le vivier national ne suffit plus à pourvoir, mais aussi pour financer et faire tenir notre système de retraite par répartition. Avec une natalité qui chute sous les 700 000 naissances annuelles, le ratio de cotisants par retraité s’effondre.

Selon une projection de l’ONU, 61 millions d’entrées en France d’ici 2050 seraient nécessaires pour stabiliser le rapport entre actifs et plus de 65 ans. Un scénario loin d’être souhaitable au sens où les immigrés vieillissent eux aussi et que la fécondité de leurs descendants converge avec celle du pays d’accueil. Penser une nouvelle politique familiale ambitieuse et porteuse d’espoirs pour les générations futures est nécessaire. Cela dit, croire que notre pays pourra se passer de cette immigration relève de l’ignorance ou du mensonge.

L’Italie confrontée au besoin de travailleurs

Alors arrêtons de nous faire peur, car nous savons très bien ce qu’il va se passer. L’exemple le plus éclatant et ironique nous vient d’Italie : malgré ses discours anti-immigration, la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni s’est vue obligée de faire passer un « décret flux » historique, actant l’entrée légale de 450 000 travailleurs extracommunautaires entre 2023 et 2025. Pourquoi ? Parce que l’économie italienne en a besoin.

La fécondité recule dans le monde

Par ailleurs, nous assistons à un phénomène global : de 5,3 enfants par femme en 1963, la fécondité mondiale est tombée autour de 2,2 en 2025, sans qu’aucun plancher naturel ne semble enrayer sa chute. Concrètement, la fécondité coréenne actuelle implique une perte de 60 % de la population à chaque génération et, au niveau français, une chute de 23 %, soit l’équivalent démographique d’une Première Guerre mondiale permanente.

La morale de cette histoire, au-delà des postures idéologiques, est implacable : il est idiot de mettre dehors ceux qu’on ne peut remplacer.

Rémy Goubert