Les relations États-Unis-Israël doivent changer
Le regard porté sur Israël connaît une profonde mutation aux États-Unis. Il ne concerne plus seulement l’aile gauche du Parti démocrate et commence à atteindre une partie de la droite. Dans ces conditions, la vieille relation privilégiée entre les deux pays ne pourra continuer sur les mêmes bases.
Au cours des quatre dernières années, la popularité de l’État d’Israël s’est effondrée aux États-Unis, la proportion d’Américains en ayant une opinion négative étant passée de 42 % à 60 %. La situation est encore plus préoccupante chez les moins de 50 ans, dont 70 % ont une opinion négative d’Israël, y compris 57 % des républicains et plus de 80 % des démocrates. On observe une tendance similaire chez les Juifs américains, dont beaucoup, libéraux sur les plans politique et religieux, ont été éloignés d’Israël par la politique et l’attitude d’un gouvernement qui comprend des éléments d’extrême droite et ultra-orthodoxes.
En raison de l’aide militaire et du soutien politique que lui apportent les États-Unis, Israël est devenu bien davantage qu’une simple question de politique étrangère américaine. C’est désormais un sujet clivant, que l’extrême gauche comme l’extrême droite utilisent volontiers pour mobiliser leurs électeurs, se démarquer de l’establishment et remporter les primaires, puis les élections générales. Alors que le PIB par habitant d’Israël est supérieur à celui de la Grande-Bretagne ou de l’Allemagne, cette aide est même remise en question par certains partisans d’Israël, qui comprennent qu’elle est devenue un handicap pour son image aux États-Unis. Le fait que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le sénateur pro-israélien Lindsey Graham aient eux aussi plaidé en faveur d’une réévaluation de cette aide, voire de sa suppression progressive, en dit long sur le nouveau consensus qui pourrait émerger sur cette question.
Chez les démocrates, le vieux consensus se fissure
À cet égard, l’évolution des positions au sein du Parti démocrate constitue un signal d’alarme, mais représente à la fois un défi et une opportunité. Un défi, parce que certaines voix radicales des Democratic Socialists of America (DSA), auxquels appartient Mamdani, nient jusqu’à la légitimité même d’Israël en tant qu’État juif et démocratique et sont favorables à la fin de toute relation privilégiée, voire positive, entre les États-Unis et Israël. Mais aussi une opportunité, car la dégradation de l’image d’Israël aux États-Unis, qui dépasse désormais largement l’aile gauche du Parti démocrate, impose une remise en question et permet une réévaluation honnête de cette relation.
C’est notamment ce qu’a défendu Rahm Emanuel, démocrate traditionnellement pro-Israël, ancien maire de Chicago et ancien chef de cabinet de Barack Obama à la Maison-Blanche, lors d’un discours à l’Université de Tel-Aviv. Être pro-israélien ne signifie pas soutenir tout ce que fait le gouvernement israélien, contrairement à la ligne défendue par l’AIPAC, lobby pro-Israël officiellement bipartisan mais orienté à droite, qui perd aujourd’hui tellement de son influence que le candidat républicain au Sénat dans le Michigan, Mike Rogers, lui demande de le soutenir discrètement…
Cela implique néanmoins d’exprimer sa solidarité avec l’État juif et de défendre sa légitimité lorsqu’elle est attaquée. Des termes comme « génocide », « État d’apartheid » ou « assoiffé de sang », ou encore les accusations selon lesquelles l’aide à Israël expliquerait les problèmes sociaux aux États-Unis, ne relèvent pas de simples désaccords sur les politiques menées. Ils participent, selon l’auteur, d’une véritable diabolisation qui rend impossible tout débat raisonnable sur ce que pourrait être une nouvelle relation entre les États-Unis et Israël.
Une alliance, mais avec des lignes rouges
Autrement dit, les lignes rouges doivent fonctionner dans les deux sens : elles doivent concerner non seulement les abus commis par Israël, mais aussi la manière dont les critiques à son égard sont formulées, comme l’a souligné Ilan Goldenberg, vice-président senior du lobby libéral pro-Israël J Street. Elles devraient également s’appliquer aux personnes dont certains candidats choisissent de s’entourer, comme Linda Sarsour ou Hasan Piker, deux figures qu’il tient pour extrémistes et dont il estime le soutien rédhibitoire.
Il reste donc à imaginer une relation américano-israélienne renouvelée, plus nuancée, fondée sur des lignes rouges claires, sans laisser les extrêmes la démanteler entièrement. La tâche est aussi essentielle que difficile dans le contexte actuel de diabolisation d’Israël, de polarisation de la politique américaine autour de l’État hébreu et d’explosion de l’antisémitisme aux États-Unis.



