Les socialistes choisissent de ne pas choisir…

par Valérie Lecasble |  publié le 01/07/2026

En dépit d’un débat interminable, les chefs socialistes n’ont pas réussi à trouver un terrain d’entente pour définir les modalités de la primaire qu’ils envisagent d’organiser à l’automne. Les militants doivent en principe trancher le 9 juillet.

Olivier Faure, premier secrétaire national du Parti socialiste (PS), tient une conférence de presse à Paris le 30 juin 2026 pour présenter le projet politique adopté par le parti. (Photo : Thomas Samson / AFP)

Le psychodrame a duré toute la soirée. Entre ceux qui veulent élargir la primaire du Parti socialiste aux sympathisants, c’est-à-dire au plus grand nombre, et ceux qui veulent la limiter aux seuls adhérents, les divergences ont subsisté lors du Conseil national du 30 juin qui devait les départager. Idem pour le prix à payer pour y participer : 2 euros souhaitent les premiers, 20 euros les seconds. Logique : moins cela coûtera cher pour voter, plus large sera la base électorale.

Vue de l’extérieur, cette bagarre intestine est surréaliste. À dix mois d’une présidentielle dont on sait à présent qu’elle se tiendra les 18 avril et 2 mai, tous les partis politiques ont peu ou prou choisi leur candidat… sauf le PS. Il faudra encore attendre le vote du 9 juillet des militants pour connaître la réponse aux deux questions qui leur seront alors posées : en résumé, voulez-vous une primaire ouverte ou fermée ? Puisque les chefs à plume n’ont pas réussi à trancher, ce sera aux membres du parti de décider.

Cette façon de discuter de tout avec tout le monde jusqu’au bout est certes démocratique. Et le Parti socialiste s’enorgueillit souvent d’être le seul à partager ainsi la parole et les décisions. Mais, sur le fond, elle est dangereuse, tant la polémique entre les uns et les autres est lourde de stratégies cachées.

Les calculs derrière le vote

Au cœur de leurs oppositions : lequel des candidats putatifs le scrutin finalement choisi favorisera-t-il ? Le soupçon est que la primaire à 2 euros, ouverte à tous les sympathisants, permette aussi aux écologistes et à tous les partis plus à gauche, les ex-mélenchonistes notamment, de voter aux côtés des socialistes. Puisqu’Olivier Faure est le seul parmi les candidats potentiels à défendre bec et ongles une deuxième primaire dans la foulée, où le gagnant de la primaire socialiste affronterait notamment Marine Tondelier, François Ruffin et Clémentine Autain, le plus probable est que cet électorat élargi vote pour lui.

Voici que le machiavélique Premier secrétaire du Parti socialiste réussirait alors l’inimaginable : qu’il soit, avec moins de 5 % d’intentions de vote dans les sondages, celui que les socialistes auraient choisi pour concourir à la présidentielle. L’aboutissement, pour lui, d’une stratégie mûrement réfléchie et qui vient de loin, chaque étape tactique ayant été pensée avec cet objectif.

A contrario, la primaire à 20 euros, resserrée sur les adhérents et citoyens, aurait sans doute l’effet inverse : désireux d’être les mieux placés possible à l’élection présidentielle, les militants socialistes pourraient voter en faveur de celui qui aurait le plus de chances de gagner. Dans une telle configuration, François Hollande pourrait y participer et, possiblement, Raphaël Glucksmann dans la foulée, tant l’un et l’autre savent à quel point ils ont besoin d’un soutien actif du Parti socialiste pour vraiment se lancer. Cette perspective, on le sait, est le pire cauchemar d’Olivier Faure qui répète à l’envi qu’il n’a pas redressé pendant huit ans le parti pour en arriver à mettre sur les rails l’un de ses deux opposants.

Une équation encore incertaine

Les fédérations du Parti socialiste, qui sont au cœur de son organisation, ont fini par accepter que la primaire ait lieu le 30 octobre. Un peu tôt, selon François Hollande…

Tout cet imbroglio est de triste présage. Les mois de juin et de juillet cristallisent souvent la présidentielle. En 2016, c’est à cette période qu’Emmanuel Macron avait choisi de lancer son mouvement En Marche. Au Parti socialiste, le sentiment aujourd’hui est que rien n’avance tant les positions paraissent figées. Olivier Faure ne lâche rien, et ses opposants pas grand-chose. Tout juste espèrent-ils que leur question obtiendra une réponse favorable des militants le 9 juillet.

Que sortira-t-il de cette confrontation stérile ? Rien de probant pour l’instant, sauf le sentiment d’une immense désorganisation où tout paraît encore possible, y compris le pire : qu’Olivier Faure soit – hormis Philippe Brun, qui vient de se déclarer – le seul candidat d’une primaire socialiste où il risquerait ensuite de se faire battre lors de la deuxième primaire par François Ruffin, qui a clairement affirmé son ambition de prendre la tête de l’union de la gauche pour la présidentielle. Le Parti socialiste aurait alors tout perdu.

Le scénario du pire n’est pas écrit, mais celui du mieux non plus. Personne ne sait encore, même pas lui, si les conditions de la primaire permettront à Raphaël Glucksmann d’y participer. Or, il est le seul à obtenir un score à deux chiffres dans les sondages, au-dessus de 10 %, et à se situer fréquemment devant Jean-Luc Mélenchon. Deux atouts clés qui devraient lui permettre de s’imposer naturellement comme le leader social-démocrate. Mais si les choses étaient si simples, on ne serait pas au Parti socialiste.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique