Les sociaux-démocrates auront leur primaire

par Valérie Lecasble |  publié le 10/07/2026

Il n’y aura pas de primaire élargie d’unité de la gauche comme le souhaitait le Premier secrétaire, mais une primaire réservée aux militants du Parti socialiste. Ségolène Royal, Jérôme Guedj, Philippe Brun, Karim Bouamrane, déjà déclarés, devraient s’y présenter. Mais aussi Boris Vallaud, Olivier Faure et peut-être Bernard Cazeneuve. Restent Raphaël Glucksmann et François Hollande : le premier pourrait prendre le risque d’y aller. Pas le second, qui préfère rester le recours.

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste français (PS) et député du groupe Socialistes et Apparentes, le 26 mars 2026. (Photo Bertrand GUAY / AFP)

Enfin le sursaut ! Enfin, les militants du Parti socialiste ont envoyé blackbouler la funeste primaire d’unité de la gauche que leur proposait Olivier Faure, le déjugeant pour la première fois depuis huit ans. Ils ont compris que cette unité-là n’aurait comme seul effet que de diluer dans un magma improbable l’esprit du parti de Jaurès, Blum et Mitterrand.

Les militants du Parti socialiste désavouent Olivier Faure

À 55,5 % environ des quelque 15 000 votants – contre 24 000 lors du congrès de Nancy –, ils ont donc rejeté la proposition, dite « numéro 1 », qui leur était faite : une large primaire à 2 euros élargie aux sympathisants de tout poil, y compris les ex-amis, voire les amis actuels de Jean-Luc Mélenchon, qui auraient pu être tentés d’interférer dans le scrutin ; pour ensuite procéder à une seconde primaire, où le socialiste élu aurait affronté les Marine Tondelier, François Ruffin et autre Clémentine Autain afin de dégager un seul candidat à la présidentielle, en prenant le risque qu’il ne soit pas socialiste.

Ce scénario, défendu depuis de longs mois par Olivier Faure, n’est pas advenu. Malgré son argumentaire très offensif développé sur douze pages et d’incessantes interviews à la télévision, le Premier secrétaire du PS subit un camouflet. Néanmoins, il a déjà prévenu qu’il ne démissionnerait pas dans cette éventualité. Personne ne l’y pousse d’ailleurs, maintenant que l’échec de sa stratégie neutralise son influence.

Une primaire réservée au camp social-démocrate

Il s’agit maintenant d’organiser l’élection présidentielle sur la base de l’option qu’ont choisie les militants, réservée aux adhérents du Parti socialiste ou de Place publique, ou aux citoyens prêts à verser 20 euros. Un panel plus sûr et plus étroit qui élira un candidat socialiste à la présidentielle, celui-ci ayant ensuite pour charge d’obtenir l’assentiment des autres partenaires de la gauche, à commencer par les écologistes, pour un accord de gouvernement sans passer par une seconde primaire.

Le pire a été évité, mais les difficultés commencent. L’organisation du scrutin, qui devrait intervenir vers le 30 octobre, reste à préciser. Le prix exact du ticket d’entrée, le vote en présentiel pour éviter l’électronique, le nombre des candidats : autant d’éléments clés qui restent à régler.

Boris Vallaud, qui mène le courant (TOB) contre Olivier Faure et qui se félicite du résultat du vote, apparaît comme l’un des candidats naturels. Même défait, Olivier Faure pourrait aussi tenter sa chance. Ségolène Royal, Jérôme Guedj, Philippe Brun, Karim Bouamrane, candidats déclarés, devraient aussi y participer. Peut-être également Bernard Cazeneuve si la primaire devait être élargie à La Convention ? Importantes sur le fond pour leur témoignage, ces candidatures ne peuvent dégager un candidat capable de concourir avec des chances de succès à l’élection présidentielle.

Les inconnues Glucksmann et Hollande

Que feront alors Raphaël Glucksmann, en tête dans les sondages du camp social-démocrate, et François Hollande, qui continue à se préparer activement ? Pour eux, la configuration n’est pas la même. Raphaël Glucksmann, qui dirige Place publique, a un besoin pressant du soutien du Parti socialiste, dont il n’est pas issu, pour mener sa campagne présidentielle. Sans lui, il ne peut concourir. Or, s’il y a un sujet sur lequel tous les socialistes s’accordent, c’est qu’on ne vend pas le Parti pour un plat de lentilles. Les militants réclament l’arbitrage démocratique du Parti socialiste pour introniser leur candidat.

Raphaël Glucksmann pourrait donc être contraint de se présenter, même s’il en mesure le risque : les militants le choisiront-ils, alors qu’il n’est pas de leur sérail et que nombre d’entre eux le tiennent pour trop centriste ? Il faudrait qu’il soit au plus haut dans les sondages pour les convaincre qu’il peut les faire gagner.

Reste François Hollande. Celui qui fut pendant dix ans Premier secrétaire n’a pas besoin de concourir à une primaire pour asseoir sa légitimité au Parti socialiste. Les militants le connaissent par cœur. Et les primaires sont souvent l’occasion de choisir une forme de nouveauté. Lors du scrutin interne à la droite, Nicolas Sarkozy avait été battu par son ex-Premier ministre François Fillon, qui paraissait plus neuf. Le plus probable est donc que François Hollande poursuive la stratégie qu’il mène depuis longtemps : continuer à faire campagne de son côté sans se préoccuper des formalités du parti.

Dès lors, de deux choses l’une : soit Raphaël Glucksmann l’emporte et il lui sera difficile de ne pas rester fidèle à sa posture, qui consiste à ne pas entraver l’éventuelle ascension du leader de Place publique. Soit le PS choisit l’un des autres candidats, avec un score faible dans les sondages : il pourrait alors jouer la carte du recours qu’il pousse avec constance depuis le début.

Dans cette dernière hypothèse, que préféreront les socialistes ? Réitérer le scénario de 2022 qui avait vu leur candidate, Anne Hidalgo, terminer la course avec un score marginal ? Ou bien donner sa chance à un ex-président, légitime à l’international et connu des Français ? Ce choix devrait être fait à la date qu’il considère idéale, vers la fin de l’année.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique