L’essence de la démagogie
Les très réelles et très pénibles difficultés causées par l’augmentation du prix des carburants, qui méritent des mesures d’urgence, ont aussi conduit le RN et LFI à faire le plein de propositions irresponsables.
Qui le refuserait ? Les niveaux stratosphériques atteints par les tarifs à la pompe exigent une action résolue du gouvernement. Plusieurs professions – pêcheurs, transporteurs, agriculteurs – sont au bord de l’apoplexie ; les salariés modestes contraints de se rendre à leur poste en voiture doivent souvent taper dans leurs économies pour aller travailler ; tous ceux qui vivent à la campagne voient leur budget déplacements se gonfler dangereusement. Face à cette situation, le gouvernement, sauf à risquer l’explosion sociale, doit prévoir des aides suffisantes pour que tous ces automobilistes pris en otage par la guerre du Moyen-Orient puissent traverser cette mauvaise passe sans trop de privations.
Le RN veut réduire la TVA
Il ne s’ensuit pas que tous les remèdes proposés soient légitimes. Marine Le Pen avait déjà passé le mur de l’outrance en accusant, lors de la dernière crise, les pouvoirs publics de se remplir les poches grâce au rendement des taxes sur le carburant soudain dopé, disait-elle, par la hausse des prix à la pompe. Comme le gouvernement tentait de montrer qu’il n’en était rien, elle l’avait taxé de mensonge. La suite a montré que c’était elle qui mentait : on sait aujourd’hui que la hausse des prix a réduit la consommation, diminuant d’autant le rendement de la taxe, que l’accise, principal impôt sur les carburants, n’est pas proportionnelle au prix et enfin que les aides décidées par le gouvernement avaient annulé le peu de recettes supplémentaires dégagées par la crise. La cheffe RN s’est-elle excusée ? En aucune manière, bien sûr.
Voici maintenant qu’elle réclame une diminution de la TVA sur les carburants, de 20 à 5,5 %. D’apparence simple, la mesure a le gros défaut de s’appliquer à tout le monde, y compris à ceux dont les revenus sont largement suffisants pour supporter la hausse. Si bien que son coût est prohibitif : de 10 à 12 milliards, une paille, au moment où les pouvoirs publics sont sommés de trouver des économies susceptibles de limiter l’abyssal déficit des finances de la nation. Pour prendre un exemple dans l’actualité, ils n’ont pas pu réunir les trois milliards nécessaires à la mise en œuvre de la « loi intégrale » sur les violences faites aux enfants…
LFI propose de bloquer les prix
LFI a trouvé une autre solution miracle : bloquer les prix. Là aussi, le caractère indistinct de la mesure révèle sa dangerosité. Les distributeurs prospères la supporteront sans dommage. Mais les autres, notamment les petits, dont les marges sont minces, mettront la clé sous la porte ou bien cesseront de vendre un carburant qui leur coûtera plus cher qu’il ne leur rapportera, aggravant du même coup la crise.
Des aides ciblées face à la hausse
Compte tenu de l’état budgétaire de la France, il n’est d’autre solution que de négocier avec les professions touchées par la hausse pour leur permettre la survie économique et de mettre en place un système de compensation pour les automobilistes les plus modestes contraints d’utiliser chaque jour leur véhicule, tout en ponctionnant les gros bénéfices réalisés par Total et quelques autres grâce à la guerre d’Iran. Bien sûr, le dispositif est compliqué, difficile à expliquer à l’opinion, malaisé d’application dans certains cas. Mais c’est souvent le propre des remèdes rationnels : ils servent moins aisément la simpliste rhétorique des démagogues.



