L’Europe fédère au-delà de ses frontières
À l’heure du retour des rapports de force et des logiques de puissance, l’Europe s’emploie faire émerger une autre voie. En réunissant bien au-delà de ses frontières, elle esquisse les contours d’un bloc démocratique ambitieux face aux puissances autoritaires.
De Mark Carney à Volodymyr Zelensky, ils se sont tous rassemblés en Arménie pour cette huitième édition de la Communauté politique européenne (CPE). Près d’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement réunis « pour défendre un monde démocratique régi par des règles », face à Donald Trump, Vladimir Poutine ou encore Xi Jinping.
La CPE, forum élargi autour de l’UE
Qui se souvient de la vague de scepticisme suscitée par la proposition d’Emmanuel Macron, en 2022, de créer ce forum permanent de coopération autour de l’UE ? La CPE visait alors à associer de facto le Royaume-Uni au projet européen, afin de tourner la page du Brexit et de reconstruire des liens de confiance et de solidarité. Cadre informel mais régulier, la CPE constitue aujourd’hui une structure souple permettant d’associer à la fois les États en voie d’adhésion — comme l’Ukraine —, ceux qui n’en sont pas membres mais souhaitent coopérer étroitement — à l’image de la Norvège —, ainsi que ceux qui pourraient, à terme, rejoindre l’Union, formellement ou non. Avec la présence à Erevan du Premier ministre canadien Mark Carney, ce sommet porte à la fois une promesse pour l’avenir et un signal politique fort, en prise directe avec l’actualité.
Pour une solution diplomatique
Un signal politique fort, car au moment où l’armada américaine déployée par Trump patrouille à grands frais en mer d’Oman, contribuant au blocage du détroit d’Ormuz sous pression iranienne, c’est une alternative démocratique à la politique de la canonnière qui s’affirme. Prise en otage par les tensions entre Washington et Téhéran, l’économie mondiale a un besoin urgent de désescalade, laquelle ne peut passer que par la voie diplomatique. À cinquante États — soit près d’un tiers des membres de l’ONU — s’ajoutent d’autres acteurs partageant cet objectif, notamment ceux réunis à Barcelone autour de Pedro Sánchez, Claudia Sheinbaum, Michelle Bachelet ou encore Lula : autrement dit, une coalition de démocraties face aux logiques autoritaires.
Une promesse également pour l’Arménie, et plus largement pour les États du partenariat oriental de l’Union. Erevan reste membre de l’Union eurasiatique dominée par Moscou et subit encore les pressions du Kremlin, notamment sur les livraisons de gaz. Comme en Géorgie, le chemin vers l’émancipation est étroit et semé d’obstacles. Mais l’Arménie, qui a engagé un rapprochement prudent avec Ankara, sait que son avenir dépend d’un ancrage européen. Elle a exprimé cette volonté par une loi adoptée l’an passé, sans toutefois déposer officiellement sa candidature. D’où le choix symbolique d’Erevan comme hôte de cette huitième édition de la CPE, qui sera suivie d’un sommet bilatéral entre l’UE et l’Arménie, renforçant la position du Premier ministre Nikol Pachinian à l’approche des élections législatives du 7 juin.
Attractivité économique et garantie démocratique
Souvent peu médiatisée, la politique d’élargissement de l’Union avance pourtant, esquissant un dépassement des États nationaux dans un contexte de mondialisation instable et risquée pour les petites puissances. L’attractivité de l’UE reste forte, tant comme garante de stabilité économique et sociale que comme espace de valeurs démocratiques. Le débat sur une convergence, voire une adhésion à l’Union, émerge même au-delà du continent européen. Au Canada, un récent sondage indique que 48 % des citoyens seraient favorables à une telle perspective, contre 28 %, en moins d’un an de présidence Trump.
Dans ce contexte, l’heure n’est plus aux doutes, mais à la compréhension d’un processus historique difficilement réversible. L’Europe politique apparaît comme une opportunité majeure pour l’avenir, comparable à d’autres grands moments d’émancipation collective.



