L’Internationale de Pedro Sanchez
Face à la montée des droites radicales et à un équilibre international fragilisé, la nécessité d’une alternative politique crédible et structurée s’impose. Pedro Sánchez en prend l’initiative en rassemblant une gauche en quête d’un nouvel élan démocratique.
À Barcelone, Pedro Sanchez a réuni samedi 18 avril des dirigeants de gauche venus de plusieurs pays autour d’un objectif clair : faire front commun pour préserver les institutions démocratiques et les libertés publiques, dans un contexte de tensions internationales croissantes et de contestation ouverte de la politique américaine. Loin d’un simple rendez-vous symbolique, cette initiative traduit la volonté d’organiser une réponse politique face à la progression des forces illibérales, en Europe et dans le monde.
Une initiative à portée internationale
Ce ne fut pas un énième hommage à la Catalogne. Dans le paysage mondial actuel, l’initiative du chef du gouvernement espagnol résonne comme une promesse, comme un contre-feu à la manifestation haineuse des populistes européens à Milan. La gauche existe, fait face et prend ses responsabilités.
On apprécie, à gauche, avec plus ou moins de nuances, le bilan du gouvernement de Pedro Sanchez, socialiste à la tête d’une coalition des gauches et des indépendantistes. Chacun souligne ses réussites incontestables — réduction des inégalités, résultats sur le front de l’emploi — et, de manière plus débattue, sa manière de faire face à l’extrême droite israélienne. Mais, en réunissant un embryon d’internationale progressiste pour « protéger la démocratie », Sanchez se hisse à un niveau élevé parmi les dirigeants mondiaux. Cette quatrième réunion pour la défense de la démocratie dans la capitale catalane, parallèlement à une « mobilisation progressiste globale » sous l’égide de l’Internationale socialiste, sonne comme une alerte pour tous ceux qui prennent la mesure de l’offensive de l’internationale néofasciste.
Milan, vitrine des droites nationalistes
Comme un signe de l’histoire, les forces brunes européennes étaient réunies à Milan, avec une foule scandant des slogans tels que « remigration », sanctifiant les barbelés aux frontières au nom du « grand remplacement ». Toujours marqués par la défaite d’Orban à Budapest le 12 avril, Jordan Bardella, Matteo Salvini, Geert Wilders — figures du groupe des « patriotes » au Parlement européen — n’avaient pas de mots assez durs pour attaquer la Commission et les institutions européennes. Une posture d’autant plus contestable au regard de la situation italienne, marquée par un vieillissement démographique parmi les plus sévères de l’Union, avec un taux de fécondité inférieur à 1,2 enfant par femme, que rien ne semble enrayer. Mais qu’importent les faits pour les tenants des vérités alternatives. Ils ont beau encenser le chef Maga de Washington et le modèle illibéral hongrois, vient toujours un moment où la réalité les rattrape et où les peuples tranchent.
Une coalition progressiste en construction
Dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient et de la progression des droites nationalistes, l’initiative de Barcelone revêt un caractère à la fois symbolique et concret. Le plaidoyer pour l’ONU, sa réforme et l’élection d’une femme à sa tête — dont le nom de l’ancienne présidente chilienne Michèle Bachelet circule — participe d’une bataille pour le multilatéralisme et la légalité internationale, fragilisés ces dernières années. Elle dessine également une forme de résistance en Amérique latine, à un moment où les équilibres politiques pourraient évoluer aux États-Unis après les prochaines échéances électorales.
Autour du Brésilien Lula, du Colombien Petro et de la Mexicaine Claudia Sheinbaum, la gauche démocratique du continent américain, affaiblie récemment, n’est pas pour autant marginalisée. Elle défend notamment les conditions de vie de la population cubaine, fragilisée par le blocus énergétique et les tensions régionales. La présence du gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz — figure de la gauche américaine et ancien colistier potentiel de Kamala Harris — est également significative, dans la perspective de promouvoir « une alternative dans le monde ». Car pour qu’une coalition progressiste fonctionne, de l’Europe à l’Australie en passant par les Amériques, encore faut-il que la gauche y joue pleinement son rôle d’impulsion et de direction.
Embryonnaire pour l’heure, et encore peu structurée à l’échelle européenne, cette coalition internationale s’organise néanmoins autour du dernier gouvernement de gauche du sud du continent. Elle rappelle que les solutions strictement nationales appartiennent désormais au passé, et que la mondialisation comme la montée des forces illibérales exigent une mobilisation à une autre échelle, à la fois institutionnelle et populaire. Le renouveau d’une social-démocratie européenne ne pourra être utile que s’il parvient à inventer des régulations adaptées à des ensembles économiques élargis, à construire des coopérations industrielles cohérentes, à créer de nouveaux droits et à porter la transition écologique pour des centaines de millions de citoyens. Cela implique aussi d’assumer des responsabilités en matière de sécurité face aux forces du désordre. Sanchez semble en avoir pris la mesure et en amorcer la mise en œuvre, là où la gauche démocratique française demeure souvent enfermée dans ses hésitations et ses impasses, comme imperméable aux mutations internationales en cours.



