Lycées : le gouvernement hors sujet
Les bâtiments se dégradent, les enseignants manquent à l’appel, et désormais les lycées s’embrasent. Au même moment, le gouvernement envisageait de faire payer l’entrée en prépa et en BTS. Dur de mieux résumer le fossé entre l’école et ceux qui l’administrent.
Quel sens du timing ! Le 1er octobre, jour même où la mobilisation des lycéens s’est amplifiée, le gouvernement n’a rien trouvé de plus habile que d’annoncer l’instauration de frais d’inscription en prépa et dans les BTS, avant d’y renoncer. À croire que non seulement ses membres n’ont rien vu venir, mais qu’ils ne sont plus en situation d’agir ou de réagir. Ambiance pesante de fin de mandat.
Le climat était pourtant lourd dans les établissements scolaires, comme il l’est dans la société. La résignation qui naît d’avoir trop attendu débouche souvent sur l’exaspération qui nourrit les explosions sociales. On ne le répétera jamais assez : l’école est le lieu, bien malgré elle, de tant de discriminations, sociales et territoriales, qu’à la fin la machine, en dépit des bonnes volontés, s’emballe. Et alors, les violences les plus folles sèment un cortège inédit de dégâts humains et matériels.
Pas partout, certes. Mais il est vrai que le remplacement des enseignants absents ne fonctionne pas comme il le devrait, en particulier dans nombre de lycées périphériques. Comment ne pas comprendre l’abattement qui en résulte pour les uns, profs et personnels, et la colère qui couve chez des élèves comprenant confusément qu’ils sont traités comme des citoyens de seconde zone, assignés à une condition qui n’est pas celle de tous les autres ?
Et que dire de l’état de délabrement de certains « bahuts » ? Là encore, pas tous, loin s’en faut, mais la situation n’en est que plus insupportable pour ceux qui doivent fréquenter l’un de ces lieux indignes de l’éducation. Ce n’est pas la faute à pas de chance, mais celle de ces exécutifs régionaux pour les lycées, départementaux pour les collèges, qui n’ont pas été à la hauteur. Ce sont souvent les mêmes qui laissent derrière eux des ardoises grevant les marges de manœuvre de leurs successeurs. Les mesures d’urgence pour réparer le bâti scolaire endommagé sont de celles qui ne peuvent attendre l’échéance présidentielle.
L’école n’est pas monnayable
La question a toujours démangé la droite : instaurer des barrières financières à l’accès aux meilleures formations, quitte à en écarter les moins favorisés, certains arguant que, dans leur famille, de génération en génération, on s’acquitte de l’aumône pour étudier tout au long de sa scolarité. Ce n’est pas, en principe, le cas du service public d’éducation, gage de mixité sociale et promesse de mieux vivre. L’école publique, laïque et gratuite doit être ouverte afin que tous puissent y accéder selon leur mérite.
Cela n’a rien à voir avec la caricature malveillante qui voudrait que la gauche et les progressistes se défient, par commodité, de la sélection. Ils veulent tout simplement la rendre plus juste. C’est la garantie, pour la société, qu’elle ne se privera pas de talents sous la contrainte des discriminations sociales. Au moment où beaucoup d’établissements offrent un spectacle de désolation, où élèves et personnels sont anéantis par ce qu’ils ont vécu, le réaffirmer et surtout le traduire en actes est indispensable. L’école publique est un bien commun inestimable.
Le garde des Sceaux, dans une posture martiale, peut réunir les procureurs généraux, exiger fermeté et répression en amalgamant des escouades criminelles de jeunes perdus et la masse des enfants de ce pays : cela ne résoudra rien. Bien sûr qu’il faut sévir de manière forte et juste, mais sans céder à la démagogie qui voudrait que l’on fasse payer aux familles les agissements de leurs gamins, car les unes comme les autres paient déjà la situation dans laquelle on les a laissés choir. Elles en sont pour partie responsables, mais ce n’est pas ainsi que l’on sortira de la crise, tout en se dispensant de consacrer à l’école les moyens et l’attention qu’elle mérite, aujourd’hui comme demain.
Faux amis et provocateurs d’extrême droite
Mélenchon et LFI ont d’évidence joué avec les allumettes, non par inconscience, mais parce que cela s’inscrit dans leur stratégie de la tension, qui voudrait qu’après l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, la révolte leur donne enfin accès aux manettes de la gouvernance publique. Sauf que cela ne se passe jamais ainsi. Pour rappel, l’encore jeune KPD – Parti communiste allemand – fit cette erreur irresponsable et fatale lors de l’arrivée des nazis à la chancellerie en janvier 1933. Ne donnaient-ils pas trois mois à ceux-ci pour s’effondrer « après avoir jeté leur gourme » ? Trois mois précisément : le temps qu’il leur fallut pour ouvrir les premiers camps. Comparaison historique n’est pas raison, mais c’est d’abord de cela que Mélenchon est coupable devant l’histoire, dont il n’a rien appris.
Ensuite, les gesticulations maladroites à la porte des lycées, émanant du maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, ou de nombreux députés insoumis, sont autant de points donnés à l’extrême droite, involontairement ou non. Et le camp d’en face ne se prive pas d’en profiter avec gourmandise. L’ex-ministre de l’Intérieur et ci-devant candidat LR à la présidentielle, jamais avare d’une provocation par petit calcul électoral, dit s’interroger sur l’interdiction de LFI. Rien de moins. Quoi que l’on pense de la formation nationale-populiste issue des rangs de la gauche, l’interdire ou menacer de le faire ne peut que la rendre plus attractive pour une jeunesse qui n’aspire pas – et c’est heureux – à la dictature.
Celle qui postule à se substituer à celui que l’auteur qualifie d’antisémite et qui est présenté comme le probable Premier ministre du RN, Marion Maréchal, petite-fille et nièce, traite tous les jeunes mobilisés de « racailles », injure publique s’il en est, mais qui n’a fait l’objet d’aucun signalement à la justice de la part des autorités. C’est dans ce jeu de clair-obscur où les monstres se faufilent qu’il importe de trouver des réponses, une issue possible à cette crise où des jeunes, si ce n’est toute notre jeunesse, sont soumis aux manœuvres de faux amis et de provocateurs des droites extrêmes et de l’extrême droite, auxquelles s’ajoutent parfois d’inacceptables dérapages policiers.
Vite, la raison doit rétablir le calme en évitant le pire, pour ouvrir une perspective d’espoir.



