Lycées : le virage sur l’aile de LFI

par Laurent Joffrin |  publié le 01/10/2026

Le temps des mots d’ordre irresponsables est-il passé ? En récusant enfin la violence, la direction de LFI semble le reconnaître. Peut-être laissera-t-elle le mouvement lycéen revenir à des méthodes de lutte démocratiques.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Il était temps. Saisi par une tardive lucidité, Jean-Luc Mélenchon a diffusé hier une consigne de « non-violence dans les méthodes de lutte ». C’est-à-dire à peu près le contraire du discours tenu depuis le début du mouvement par La France insoumise, qui a soutenu l’action des lycéens les plus agressifs, encouragé le blocage des établissements et imputé tous les débordements à la seule répression policière.

Autre porte-parole de LFI, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, avait déclaré que, dans certains cas (il faisait référence à l’affrontement de Saint-Ouen-l’Aumône avec la police), « la violence était légitime ». Propos irresponsables venant d’un élu de la République, dans l’ambiance de tension créée par les premiers blocages et par la réaction policière brutale ordonnée par un gouvernement décidé à étouffer dans l’œuf la contestation naissante.

Un bilan humain déjà lourd

Le résultat de cette double stratégie – blocages des lycées par la force et dispersion immédiate par les forces de l’ordre – se lit dans les statistiques : depuis le début des blocus, 119 élèves et personnels de l’éducation ont été blessés, selon le bilan communiqué mercredi par Édouard Geffray, ministre de l’Éducation, auxquels s’ajoutent 83 policiers et gendarmes blessés et 625 interpellations. Dans le même temps, l’intervention de la police a donné lieu à trois saisines de l’Inspection générale de la police pour des soupçons de violence illégale.

Il était temps, en effet, de changer de discours, sauf à souhaiter l’instauration d’un affrontement de rue incontrôlable. Peut-être revient-on – enfin – à un mouvement social démocratique bannissant la violence, sur fond de revendications légitimes, appuyées sur des méthodes légales, telles que la grève, la réunion ou la manifestation, tous droits strictement constitutionnels.

Les moyens de l’éducation en débat

Encore faut-il clarifier les choses. C’est un fait que trop d’établissements sont vétustes, notamment dans les quartiers populaires, que le salaire des professeurs est insuffisant, que le remplacement des enseignants absents fait trop souvent défaut et que la « priorité à l’éducation » affichée par les responsables politiques ne se traduit pas dans les orientations budgétaires.

Mais le discours sur le « manque de moyens » mérite d’être affiné. Outre qu’il se heurte aux réalités financières du pays – un déficit excessif et un endettement au coût exponentiel, que la mise au feu de la dette, solution farfelue, ne saurait pallier –, c’est aussi la répartition des crédits qui est en cause, comme le montre la situation en région parisienne. Les dotations budgétaires continuent de favoriser le centre-ville au détriment des banlieues, qui concentrent les difficultés sociales et scolaires. Aussi bien, le secteur privé, qui attire de plus en plus d’élèves, échappe pour l’essentiel à l’impératif de mixité sociale qui échoit à l’école publique.

Ce qui nous conduit à une conclusion fort simple : en choisissant la non-violence et en tenant compte de la situation réelle de l’Éducation nationale, qui souffre autant de difficultés d’organisation que de « manque de moyens », le mouvement lycéen – et bientôt étudiant – gagnera en légitimité démocratique.

Laurent Joffrin