Mamdani peine à rassurer les Juifs new-yorkais

par Sébastien Lévi |  publié le 27/03/2026

Zohran Mamdani est maire de New York depuis deux mois. S’il est encore trop tôt pour dresser un bilan de son action, certaines des craintes que sa candidature avait suscitées chez une partie des Juifs new-yorkais commencent à se concrétiser.

Zohran Kwame Mamdani, premier maire musulman de New York, assistant à la prière de l'Aïd el-Fitr à Brooklyn, New York, et y prononce un discours le 20 mars 2026. (Photo Selcuk Acar / Anadolu via AFP)

Mamdani a été élu sur un programme de gauche, avec le pouvoir d’achat au centre de sa campagne et comme mesures phares l’encadrement des loyers, la création d’un système gratuit de crèches et de transport en bus, financées par des hausses d’impôts sur les habitants de la ville les plus aisés. S’il est en train de tenir parole sur les crèches, les difficultés budgétaires de la ville et les limites de son pouvoir sur les impôts, qui sont du ressort du gouverneur, limitent pour l’instant sa capacité d’action. Assez critique de la police de New York, il a considérablement adouci sa rhétorique sur le sujet, et le maintien à son poste de cheffe de la police de Jessica Tisch, ainsi que la nomination d’un vétéran assez modéré au poste de Maire adjoint, attestent d’un certain pragmatisme.

Des incidents antisémites en forte hausse

Il est en revanche un domaine, scruté lors de sa campagne dans la plus grande ville juive au monde, où il reste fidèle à l’esprit et à la rhétorique de sa campagne : celui d’un positionnement anti-israélien assumé, dans un contexte d’antisémitisme en forte hausse dans la ville.

Au cours de son premier mois en tant que maire, les incidents antisémites ont presque triplé par rapport à janvier 2025. Toutefois, cette hausse ne peut lui être imputée. Sa réaction a été satisfaisante, tant sur le fond que sur la forme, avec une dénonciation claire et sans ambiguïté. Cela s’inscrit dans la continuité de ses efforts pour dialoguer avec les organisations juives pendant la campagne et de son engagement à lutter contre l’antisémitisme.

Un positionnement sur Israël qui divise

Les doutes concernant sa candidature ont été alimentés par ses positions sur Israël et le sionisme, et ils n’ont pas été dissipés par ses premières semaines en fonction. Le maire Mamdani n’a pas réussi à rassurer les Juifs dans leur attachement à Israël, un pays dont il conteste ouvertement la légitimité. D’une certaine manière, Mamdani semble prêt à assurer la sécurité physique des Juifs new-yorkais et de leurs lieux de rassemblement et de culte, mais pas celle à laquelle ils ont droit lorsqu’ils soutiennent un État qu’il ne considère pas comme légitime. Qu’il le veuille ou non, il envoie le message qu’être juif — même de manière visible — est acceptable, mais qu’être un Juif sioniste ne l’est pas ; qu’il est acceptable de porter une kippa, mais pas de brandir un drapeau israélien.

La sécurité des Juifs ne se résume pas à la présence policière devant les synagogues, aussi nécessaire soit-elle. Les Juifs français le savent bien : aujourd’hui, la manière la plus simple d’identifier un lieu juif en France est souvent la présence massive de forces de l’ordre… La sécurité physique et immédiate implique la police, mais le sentiment de sûreté est plus profond. Il suppose un soutien politique et idéologique aux Juifs new-yorkais, qui sont majoritairement profondément attachés à Israël, sans pour autant s’abstenir d’en critiquer les politiques. 90 % des Juifs américains estiment qu’Israël a le droit d’exister en tant qu’État juif et démocratique, et ce pourcentage est probablement similaire à New York, la plus grande ville juive des États-Unis et du monde (si l’on considère Tel Aviv comme une ville et non son agglomération).

Lorsque le maire Mamdani ne condamne pas les « likes » de son épouse sur des tweets odieux concernant le 7 octobre, ou accepte d’être introduit lors d’un événement par un homme ayant appelé ouvertement à « frapper Tel Aviv », il envoie un message à ses « frères et sœurs juifs », comme il les surnomme : celui de ne pas respecter pleinement leur lien émotionnel ou physique avec l’État d’Israël, ni leur douleur liée aux événements du 7 octobre. Lorsqu’il accueille Mahmoud Khalil à Gracie Mansion, la résidence officielle du maire de New York, il va au-delà de la simple protection des droits constitutionnels de cet activiste propalestinien arrêté de manière abusive. Il adresse un message de soutien clair à sa vision du monde, qui n’est pas seulement critique des politiques israéliennes, mais radicalement anti-israélienne. Cette opinion est certes protégée par la Constitution, mais doit-elle être ouvertement cautionnée par le maire de New York, dans sa résidence officielle ?

Représenter tous les New-Yorkais

Ces dernières actions s’ajoutent à ses décrets du premier jour concernant Israël (dans un contexte plus large, il faut le reconnaître) et à certaines nominations controversées au début de son mandat. Le maire Mamdani a ainsi montré une constance dans son refus de modérer son antisionisme, une posture plus facile (et moins coûteuse) pour rester en phase avec les progressistes que de tenir ses promesses sur le coût de la vie ou la taxation des plus riches.

La question n’est pas de savoir si Mamdani est antisémite. Ses prises de position et ses actions tendent à démontrer le contraire. La question est plutôt celle de sa capacité à comprendre ses concitoyens juifs new-yorkais. Mamdani devrait reconnaître leur attachement à l’État d’Israël comme l’ancien président américain Joe Biden soutenait le droit à l’avortement, malgré ses réticences personnelles sur le sujet. Zohran Mamdani est aujourd’hui maire de New York, et non plus militant ou simple citoyen, et certaines responsabilités accompagnent cette fonction, notamment celle de représenter tous les New-Yorkais. Il ne vit plus à Astoria mais à Gracie Mansion, il défend la police, et il a même rencontré Donald Trump (à deux reprises). À lui de comprendre qu’il doit aussi adapter certaines positions profondément offensantes pour la majorité de ses concitoyens juifs, à un moment où un antisionisme radical peut alimenter l’antisémitisme et conduire à des attaques contre les Juifs. Alors que ces attaques se multiplient aux États-Unis et à New York, faites mieux sur ce sujet, Monsieur le Maire. Maintenant.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis