Marco Rubio, ministre de la flatterie

par Sébastien Lévi |  publié le 19/03/2026

L’épisode des chaussures trop grandes offertes par Donald Trump à Marco Rubio — aussitôt portées par ce dernier — a suscité des moqueries à Washington. Cette scène, apparemment anecdotique, révèle la logique de flatterie et de soumission qui imprègne l’entourage présidentiel.

Le secrétaire d'État Marco Rubio s'adresse aux chefs d'État de 12 pays d'Amérique latine, tandis que le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth et le président Donald Trump l'écoutent lors du « Sommet du Bouclier des Amériques », le 7 mars 2026. (Photo Roberto Schmidt / Getty Images via AFP)

Trump offre ses chaussures favorites à son ministre Marco Rubio. Celles-ci sont trop grandes pour lui mais, par flagornerie, le secrétaire d’État s’empresse de les porter, s’attirant les quolibets de l’opinion. Au-delà du ridicule, cette anecdote illustre une nouvelle fois le culte de la personnalité qui entoure Donald Trump.

Quelques jours avant le « shoe-gate », la ministre de la Justice Pam Bondi avait affiché un visage agressif lors d’une audition au Sénat, en refusant de répondre sur le fond aux questions sur l’affaire Epstein, mais en orientant toutes ses réponses vers la flatterie la plus absolue envers Trump et ses « succès multiples ».

Dans la même logique, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth s’était lui aussi se comporté davantage comme un ministre nord-coréen que comme celui d’une grande démocratie, en attaquant la presse à boulets rouges, l’accusant de ne pas assez rendre hommage à Trump, et suggérant même les titres qu’elle aurait dû publier… Plus troublant encore, il a exprimé son impatience de voir la prise de contrôle de CNN par Paramount arriver le plus vite possible, afin que, selon ses propres termes, la « couverture de cette guerre change ».

Un entourage politique marqué par la servilité

Entouré de ministres aussi obséquieux, il est somme toute logique que Trump réponde, à une question du New York Times sur les limites de son pouvoir, qu’il en était le seul juge. Au-delà du problème démocratique posé par cette attitude, l’incapacité de s’opposer au chef, de le conseiller correctement ou de lui annoncer de mauvaises nouvelles est un problème majeur de gouvernance et d’efficacité de l’État.

L’égotisme de Trump est exploité par ses homologues étrangers qui ont parfaitement analysé le phénomène. Pour l’avoir mal compris au début, Zelensky a été humilié de manière honteuse, avant de changer d’approche, alors que Netanyahou l’a parfaitement intégré en multipliant les gestes de flatterie, comme sa proposition de nomination au prix Nobel. Lorsque Trump est en colère contre un pays comme la Norvège pour lui avoir refusé ce même prix Nobel (ne comprenant pas que le pays n’avait pas ce pouvoir), il se venge en s’en prenant au Groenland… Les relations internationales et la stabilité du monde dépendent donc du bon vouloir d’un homme sans filtre, peu ou mal conseillé et jamais démenti par son entourage.

Héritage historique et inquiétudes démocratiques

Le premier président des États-Unis, George Washington, craignait par-dessus tout l’arrivée au pouvoir d’un démagogue qui deviendrait un tyran, anticipant de manière troublante l’arrivée d’un président comme Trump au pouvoir. La création même des États-Unis s’inscrivait d’ailleurs dans le rejet de la tyrannie, et il est tristement paradoxal que ce pays célèbre ses 250 ans avec à sa tête un président aux antipodes des valeurs qui ont justifié sa création.

Marco Rubio est le successeur de fortes personnalités comme George Marshall, Henry Kissinger, James Baker ou Madeleine Albright. Comme ses chaussures, le costume est visiblement trop grand pour lui. Trump avait appelé Rubio « Little Marco » lors de la primaire républicaine en 2016, et Rubio, en retour, avait indiqué que les personnes s’étant engagées pour Trump devraient se regarder dans la glace pendant des années pour avoir permis l’accession au pouvoir d’un dictateur en puissance n’écoutant que lui-même.

Dix ans plus tard, force est de reconnaître que, tel George Washington, ces deux hommes avaient une prescience assez extraordinaire de ce qui allait advenir.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis