Marine Le Pen, en force vers la présidentielle

par Valérie Lecasble |  publié le 07/07/2026

Elle se lance dans la bataille pour l’Élysée. Libérée de son inéligibilité, la cheffe du RN balaie d’un revers de main sa condamnation pour détournement de fonds publics. Elle déposera un pourvoi en cassation pour démontrer, affirme-t-elle, son innocence. Recours légitime, ou passage en force ?

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National (RN), avant l'interview au journal télévisé de TF1, suite au verdict de son procès en appel pour détournement de fonds européens, le 7 juillet 2026. (Photo Christian Hartmann / POOL / AFP)

Elle n’a pas froid aux yeux, Marine Le Pen. Calme, soulagée et apparemment sereine, elle se dit heureuse qu’on rende aux Français leur liberté de voter. Dans la foulée, elle annonce qu’elle ira en cassation pour démontrer son innocence, quoique condamnée en première instance et en appel pour détournement de fonds publics.

Une candidature relancée après la décision de justice

En réalité, la leader du Rassemblement national gagne du temps. Son pourvoi entraîne la suspension, pendant six mois au moins, de la pose de son bracelet électronique. Si la Cour de cassation devait casser le jugement de la Cour d’appel, elle pourrait encore éviter l’infâmant accessoire jusqu’après l’élection présidentielle qui, si elle était élue, lui assurerait l’immunité.

Sinon, elle aura mené, dès aujourd’hui, et pendant sans doute six mois, sa campagne pour la présidentielle, en faisant appel directement aux Français. Ceci, quelle que soit, in fine, la décision de la Cour de cassation, puisque le simple pourvoi suspend la peine décidée par la Cour d’appel. Elle redevient, de ce fait, présumée innocente pendant toute la période qui la sépare de l’arrêt de cassation.

Le pari politique du pourvoi en cassation

Ce pari fait sur une décision de justice pourtant incertaine démontre que Marine Le Pen en appelle directement aux Français afin que leur vote l’emporte sur les décisions judiciaires. Que vaut, prétend-elle, sa condamnation face à la force des électeurs ? Ce sera à eux, et à personne d’autre, de juger s’ils souhaitent ou non l’élire.

Mieux : elle se dit désormais convaincue qu’elle saura prouver son innocence puisque, selon elle, l’article invoqué pour juger d’un détournement de fonds en faveur d’une politique nationale plutôt qu’européenne ne tient pas. La Cour de cassation jugera de ce point de droit complexe.

Son inéligibilité purgée, Marine Le Pen a décidé que le temps désormais joue en sa faveur. C’est la raison pour laquelle elle revient dans la course et démarre dès à présent sa campagne présidentielle avec Jordan Bardella à ses côtés. Plus un instant à perdre, la leader du RN retourne sur le ring.

Le tandem avec Jordan Bardella

La feuille de route dit que le binôme devra travailler ensemble, puisqu’ils se connaissent tous deux depuis si longtemps. Cette situation inédite où le candidat à la présidence de la République a déjà choisi son Premier ministre peut-elle tenir, alors qu’elle est plus sociale et lui plus libéral et que leurs désaccords sur le fond sont fréquents ? Ils sont complémentaires dans leurs différences plutôt qu’antagonistes, démentent en chœur leurs partisans.

Les Français auront le dernier mot, est la grande conclusion de son discours. Boostée par les sondages en faveur du Rassemblement national, qui ne se sont pas démentis malgré ses condamnations, Marine Le Pen fait le pari que les Français continueront à lui faire confiance.

« Il n’y a plus de scénario selon lequel je ne pourrai pas me présenter en 2027 », assène-t-elle sur TF1 face à Gilles Bouleau, qui n’avait sans doute pas anticipé une telle offensive. Tandis que tous les experts ont disserté toute la journée sur les plateaux de télévision de la meilleure façon pour elle de camoufler son bracelet électronique, elle a tout simplement décidé de ne pas le porter.

À se demander si, cette fois, sa stratégie n’a pas été plus mûrement réfléchie que lors de la première instance où, hormis sa colère, elle s’était trouvée bien démunie pour riposter.

La voilà, cette fois, préparée et combative, prête à reprendre le manche, comme si les sondeurs n’avaient pas passé quinze mois à choisir Jordan Bardella plutôt qu’elle pour estimer les intentions de vote. Qu’on se le dise : ce sera bien elle la candidate et personne d’autre.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique