Mélenchon au second tour ?

par Valérie Lecasble |  publié le 27/05/2026

En se déclarant très tôt candidat à la présidentielle de 2027 et en recueillant le soutien des ténors de son mouvement, le leader de La France insoumise s’est imposé, juste derrière Édouard Philippe, comme un possible adversaire du Rassemblement national.

Jean-Luc Mélenchon à Marseille, le 7 mai 2026. (Photo Louai Barakat/Hans Lucas via AFP)

Joli mois de mai pour Jean-Luc Mélenchon ! L’homme politique le plus détesté des Français surgit, dans la roue d’Édouard Philippe, comme celui qui pourrait figurer au second tour de la présidentielle face à Jordan Bardella. Selon une enquête Odoxa, le leader de LFI fait un bond de 4 points à 16 % dans les intentions de vote du premier tour, là où le patron d’Horizons en perd autant pour tomber à 17 %.

Avec un petit point d’écart, Jean-Luc Mélenchon paraît, pour la première fois, qualifiable pour réaliser enfin le rêve de sa vie : parvenir au second tour de la présidentielle et disputer la victoire au Rassemblement national. Derrière lui, Raphaël Glucksmann maintient son score, honorable, à 11 %. Mais la gauche radicale devance de cinq points la gauche sociale-démocrate. Inimaginable il y a encore quelques mois…

Une candidature qui crée une dynamique

Comment en est-on arrivés là ? Le 3 mai, alors que le reste de la gauche se déchire, le leader de LFI prend les devants et annonce au 20 heures qu’il sera candidat pour la quatrième fois à l’élection présidentielle. Rien d’inattendu, et s’il se lance avant les autres, c’est aussi en raison de sa fragilité : il veut prendre de l’avance pour recueillir les 500 signatures qu’il avait eu du mal à obtenir en 2022. Dès le lendemain, ses troupes relaient sa candidature : Manuel Bompard, Mathilde Panot, Manon Aubry et Louis Boyard montent au créneau dans les médias pour défendre l’idée qu’il est un candidat légitime, le meilleur pour battre le RN.

Qu’importe si les sondages disent exactement l’inverse : avec seulement 30 % des voix au second tour, Mélenchon est le seul adversaire face auquel le RN est sûr de l’emporter. Mais, pour l’instant, les Français ne le savent pas. Eux voient une machine électorale qui se met en marche. La dynamique fonctionne. Chef incontesté de la gauche radicale, soutenu par un mouvement politique structuré et épaulé à l’unisson par le chœur de ses lieutenants, Jean-Luc Mélenchon apparaît, à 74 ans, et en dépit de trois échecs, comme un candidat crédible. Car c’est aussi le moment qu’il choisit pour gommer la radicalité de ses propos et tenir des discours construits où il évoque avec conviction l’histoire de France.

Une gauche éclatée face à LFI

Pendant ce temps, dans le reste de la gauche, c’est la Bérézina. Les candidats fleurissent comme les pâquerettes dans les champs. Ils sont cinq, pas moins, pour la seule sociale-démocratie, à savoir François Hollande, Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve, Olivier Faure et Boris Vallaud. Marine Tondelier s’est déjà déclarée pour les Verts. Fabien Roussel assure que le Parti communiste doit avoir un candidat. François Ruffin se lance sur le thème du travail. Clémentine Autain tente de se faire entendre. Jérôme Guedj fait un petit tour, puis s’en va…

N’en jetez plus ! Les Français n’en peuvent plus des chamailleries des uns et des autres et de l’incapacité congénitale de la gauche à s’entendre et à s’organiser. Chacun tire à hue et à dia, plus préoccupé par son propre ego que par l’intérêt du pays. Devant un tel spectacle, comment s’étonner que les électeurs de gauche se rabattent sur Jean-Luc Mélenchon ? Lui, au moins, est sûr d’y aller.

C’est une leçon incontournable de ce sondage : la déclaration de candidature crée une dynamique pour celui qui veut concourir à la présidentielle. Rien de tel dans le camp social-démocrate, qui s’observe et s’épie sans oser encore s’affirmer. Même Raphaël Glucksmann, qui publie son livre et prépare son meeting, ne s’est pas encore officiellement déclaré…

Trop tôt, le calendrier n’est pas le bon, rétorquent ceux qui restent en embuscade. Regardez Édouard Philippe, qui s’est lancé il y a plusieurs mois et qui dégringole aujourd’hui… Sauf qu’à y regarder de plus près, d’autres indicateurs de ce sondage inquiètent : le premier est la nette domination de Jean-Luc Mélenchon, qui inonde les réseaux sociaux en accaparant 85 % de la discussion, loin devant tous les autres. L’autre est la progression de six points du leader de LFI chez les sympathisants de gauche, où il devient la première personnalité politique (avec un taux d’adhésion de 49 %) devant François Ruffin (46 %) et François Hollande (43 %). Quant à Raphaël Glucksmann, il n’apparaît plus qu’en sixième position (36 %), lui qui figurait tout en haut du podium (50 %).

Il aura donc suffi de six mois à Jean-Luc Mélenchon pour ravir la première place dans le cœur du peuple de gauche (+13), en supplantant ses deux concurrents Glucksmann (-14) et Hollande (-5). L’irruption de François Ruffin est une preuve supplémentaire de l’efficacité d’une candidature pour créer une dynamique politique.

Laissez-les s’étriper, nous en recueillerons les fruits le temps venu, semblent dire les moins pressés qui, comme François Hollande ou Olivier Faure, préfèreraient attendre la fin de l’année avant de se déclarer. Sauf que si Jean-Luc Mélenchon s’installe en tête, il risque d’être trop tard pour le déloger… et la présidentielle aura filé sous le nez de ses concurrents à gauche.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique