Mélenchon et l’éternel plafond de verre

par Bernard Poignant |  publié le 27/03/2026

Derrière ses qualités de tribun, Jean-Luc Mélenchon peine à transformer la mobilisation en victoire. Son parcours révèle un décalage persistant entre dynamique militante et efficacité électorale. À l’approche de la présidentielle, cette contradiction devient un enjeu majeur pour la gauche.

Affiche électorale. Election présidentielle 2022. Jean-Luc MELENCHON pour la France insoumise. 15e arrondissement de Paris. (Photo Laure Boyer / Hans Lucas via AFP)

L’ancien trotskyste de jeunesse a d’incontestables qualités. On lui reconnaît une culture historique solide. On apprécie son talent oratoire capable d’attirer et d’entraîner les foules. On lui attribue un charisme personnel lui permettant de fidéliser ses partisans. On mesure sa dialectique agile, capable d’argumenter, voire de défendre des causes désespérées. Il dispose d’une qualité nécessaire pour prétendre accéder à de hautes fonctions : cette part de narcissisme qui motive … et d’un défaut : ce même narcissisme mal maîtrisé engendre chez lui des comportements colériques.

Malgré ces atouts, est-ce pour autant un bon cheval électoral ? C’est moins sûr si l’on regarde son parcours dans les trois élections nationales qui régissent la Vᵉ République : l’élection présidentielle, les élections législatives à l’Assemblée nationale et au Sénat, les élections européennes.

Un parcours solide au scrutin proportionnel

Jean-Luc Mélenchon réussit bien aux élections à scrutin proportionnel, en se plaçant en tête de liste avec la certitude d’être élu. Il n’a pas beaucoup d’efforts à fournir. Le siège est garanti d’avance. C’est ainsi qu’il a été sénateur socialiste de l’Essonne du 2 octobre 1986 au 27 avril 2000 puis du 1er octobre 2004 au 7 janvier 2010. Entre ces deux périodes, il a été ministre dans le gouvernement de Lionel Jospin pendant deux ans. Donc nommé.

Il siége aussi au Parlement européen du 14 juillet 2009 au 18 juin 2017, après avoir conduit la liste d’extrême gauche dans la circonscription interrégionale du Sud-Ouest. Il avait, là encore, l’assurance de son élection. Bref, c’est un élu du scrutin proportionnel, avec 28 ans de mandat au Sénat et à l’Assemblée de Strasbourg, obtenus dans la facilité.

Des échecs répétés au scrutin majoritaire

Est-ce un bon candidat en régime de scrutin majoritaire ? Ses tentatives ne plaident pas en sa faveur. En juin 2012, aux élections législatives qui suivent la victoire de François Hollande, il est candidat contre Marine Le Pen dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais. Il n’atteind pas le second tour. Au lieu de s’implanter et de continuer le combat contre l’extrême-droite, il déserte ce territoire au profit de la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône en juin 2017. Son score à la présidentielle écarte le risque d’un échec. Cette fois encore, au lieu de persévérer et de s’intégrer dans la ville de Marseille, menacée par l’extrême-droite, il quitte le terrain en laissant la place à Manuel Bompard en 2022 puis 2024. Marseille, c’est loin de Paris et les permanences pour recevoir des électeurs sont ennuyeuses.

L’autre élection nationale au scrutin majoritaire est l’élection présidentielle, avec une exigence plus sévère et plus difficile à atteindre : seuls restent en lice pour le second tour les deux candidats arrivés en tête au premier. Jean-Luc Mélenchon a fait trois tentatives sans atteindre ce palier nécessaire. À croire que les Français ne veulent pas le voir présider à leur destinée et le lui disent dès le premier tour. En 2012, il arrive en quatrième position avec 11,10 % des voix. Il appelle à voter contre Nicolas Sarkozy sans prononcer le nom de François Hollande. La rancune est tenace.

À ce moment-là, tirant la leçon de ce faible résultat, il précise sa stratégie de conquête du pouvoir inspirée de la révolution bolivarienne : « L’hégémonie politique a un préalable : il faut tout conflictualiser pour transformer un peuple révolté en peuple révolutionnaire. » Du Chavez et du Maduro dans le texte. Cette stratégie a pu lui permettre de gagner en suffrages, mais pas d’accéder au second tour. En 2017, il arrive toujours en quatrième position avec 19,58 % des voix. Pour le second tour, il refuse d’appeler à un front républicain en renvoyant les deux finalistes, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, dos à dos. En 2022, il franchit un palier et termine en troisième position avec 21,95 % des suffrages. Sa consigne pour le second tour est alors un peu différente : « Pas une seule voix à Marine Le Pen », sans appeler à voter pour Emmanuel Macron. Ce qui laisse aux électeurs quatre possibilités : le vote pour le président sortant, l’abstention, le vote blanc, le vote nul.

En somme, un parcours inverse à celui de François Mitterrand, parachuté dans la Nièvre en 1946 mais resté fidèle à la population, inverse aussi à celui de François Hollande, parachuté en Corrèze en 1981 mais toujours présent à Tulle.

Une quatrième tentative en vue

Dans notre démocratie, il est plus important de remplir les urnes que les salles. Il ne faut pas se laisser abuser par les envolées lyriques, mais savoir compter les bulletins de vote. Jusqu’à présent, les effets de tribune et de manche de Mélenchon n’ont pas été concluants pour la gauche. Il s’apprête pourtant à s’engager dans une quatrième tentative présidentielle. Si l’on veut que la gauche l’emporte, même avec ses imperfections et ses faiblesses, si l’on ne veut pas voir l’extrême droite prendre les rênes de la France, mieux vaut un vote utile plutôt que stérile, et dès le premier tour.

Bernard Poignant