Midterms : Houston, Trump a un problème…
Bastion historiquement républicain, le Texas pourrait pourtant élire un démocrate au Sénat lors des élections de mi-mandat en novembre. Un revers qui aurait valeur d’avertissement national pour Trump et son parti.
Aucun démocrate n’a remporté d’élection notable au Texas depuis 1994, ni gagné l’État lui-même lors d’une présidentielle depuis 1976. Si certains changements démographiques, comme la montée en puissance de l’électorat hispanique et l’arrivée de jeunes diplômés venus notamment de Californie pour travailler dans la high-tech, ont rendu le Texas légèrement moins conservateur, l’élection sénatoriale de novembre prochain aurait dû être une formalité pour les républicains. Le choix de leur candidat semble en décider autrement, avec des sondages assez serrés entre les deux prétendants.
Le pari Paxton
Dans un contexte français, Ken Paxton, le candidat républicain, serait un mélange de Patrick Balkany, Jacques Médecin et Jérôme Cahuzac. Les accusations et affaires qui le poursuivent sont telles que la Chambre des représentants du Texas, pourtant républicaine, avait voté son impeachment en 2023. Il avait également été jugé inacceptable par une grande partie de l’establishment républicain lors de la primaire face au sénateur sortant John Cornyn. Celui-ci n’avait qu’un tort : ne pas être complètement inféodé à Trump, tout en lui restant largement fidèle.
Comme souvent dans le système bipartite américain, les républicains se sont rangés derrière Paxton après sa victoire à la primaire. Mais il reste un candidat toxique, dans une année difficile pour son parti en raison de l’impopularité de Trump, du pouvoir d’achat en berne et du rejet de la guerre en Iran. Incapables de défendre un bilan inexistant ou négatif, les républicains en sont réduits à ressortir leur martingale électorale : le wokisme des démocrates « communistes ».
Le wokisme en dernier recours
L’un des spots les plus efficaces de Trump lors de la campagne de 2024 affirmait que « Trump se battra pour vous, Kamala se battra pour ielles ». Il illustrait les dérives du wokisme, parti de bonnes intentions, notamment en matière de défense des minorités sexuelles ou d’antiracisme, avant de se transformer en police du langage et en grille de lecture simplificatrice divisant le monde entre opprimés et oppresseurs. En 2019, Obama avait d’ailleurs mis en garde des militants davantage choqués par un pronom employé à mauvais escient que par des radiations des listes électorales.
Constatant que l’étiquette démocrate reste, pour cette raison, associée à l’image d’un parti déconnecté du peuple, Alexandria Ocasio-Cortez, figure de proue de son aile gauche, a reconnu certains abus du wokisme, comme l’a écrit Laurent Joffrin. Dans les thèmes choisis par le Parti démocrate pour ces midterms, les questions sociétales sont d’ailleurs délaissées au profit du pouvoir d’achat, thème sur lequel Trump avait beaucoup insisté en 2024 et qui permet d’aborder le coût de la santé, celui du logement ou encore la guerre en Iran, très impopulaire.
Talarico change de terrain
Le candidat démocrate, James Talarico, s’est résolument engagé dans cette voie, tout en concentrant ses attaques sur les affaires de corruption de son adversaire. La principale réponse de Paxton consiste à renvoyer les démocrates à leur wokisme et aux thèmes identitaires, pourtant absents de leur campagne. Il attaque ainsi Talarico sur son manque supposé de testostérone, d’anciens propos sur le genre – effectivement assez radicaux, mais sur lesquels celui-ci est revenu –, son prétendu véganisme ou encore le fait qu’il ne serait pas un bon chrétien…
Une défaite des républicains dans un État qui leur est historiquement favorable serait un symbole fort. Elle montrerait que l’emprise de Trump sur le parti peut devenir contreproductive et que la qualité d’un candidat compte au-delà de sa seule étiquette partisane. Elle signifierait aussi que l’exploitation du wokisme des démocrates ne suffit plus et obligerait le Parti républicain à se réinventer autour d’un véritable projet, qui lui fait défaut depuis que Trump a fait de la polarisation extrême et de la brutalité le cœur de son approche politique. Elle pourrait alors marquer le début d’une sortie du trumpisme toxique qui a profondément abîmé la politique américaine depuis dix ans, au-delà même de la perte de crédibilité des États-Unis dans le monde.



