Midterms : le référendum qui ne dit pas son nom

par Sébastien Lévi |  publié le 28/08/2026

Des centaines de candidats, des enjeux différents d’un État à l’autre et, pourtant, une même question en arrière-plan. En novembre, les Américains éliront leurs représentants, mais ils diront surtout ce qu’ils pensent de Donald Trump.

Le 14 août 2026, Donald Trump se rend à Long Island pour visiter des installations des forces de l'ordre dans le comté de Nassau et mobiliser le soutien en faveur des candidats républicains locaux en vue des prochaines élections de mi-mandat. (Photo ALEX WONG / Getty Images via AFP)

Sur le papier, les midterms ont tout du labyrinthe électoral. Cette échéance mêle des scrutins législatifs nationaux et des élections organisées à l’échelle des États, que l’on pourrait, par analogie française, qualifier de « régionales ». Mais derrière cette multitude d’enjeux locaux, les grandes tendances nationales déterminent largement l’issue du scrutin.

Les enjeux locaux à l’épreuve du climat national

Jean-Éric Branaa, analyste reconnu de la politique américaine, insiste sur la nature éminemment locale des élections de mi-mandat. Selon lui, les 435 scrutins pour la Chambre des représentants, les 33 ou 34 pour le Sénat — renouvelé par tiers tous les deux ans — ou encore les dizaines d’élections de gouverneurs dépendent davantage des enjeux locaux que des sujets qui occupent les grands médias nationaux et alimentent les différends entre les deux grands partis.

Dans un pays polarisé et soumis au bipartisme, il n’existe guère d’élus « sans étiquette » ou « non-inscrits » comme en France, et même les élus indépendants au Congrès sont en réalité rattachés à l’un des deux grands partis. Si les élections au poste de gouverneur sont parfois décidées sur des problématiques locales, celles du Congrès — Chambre et Sénat — sont en revanche largement influencées par la situation nationale et la cote de popularité du président. L’aspect local peut certes peser sur le profil des candidats retenus, mais, en matière de résultats globaux, les tendances suivent largement le climat politique national.

Il importe également de rappeler que la majorité des élections à la Chambre, et même au Sénat, ne sont pas véritablement indécises, en raison notamment du gerrymandering (redécoupage électoral) déjà évoqué ici. La grande majorité des 435 sièges reviendra au parti qui domine traditionnellement ces circonscriptions, sans qu’un enjeu local, aussi important soit-il, puisse nécessairement inverser la tendance. La couleur politique d’une circonscription pèse donc beaucoup plus lourd que les enjeux locaux, dont le rôle doit être relativisé.

Les midterms, terrain traditionnel de la sanction présidentielle

L’analyse des dernières élections de mi-mandat montre d’ailleurs le poids limité de ces enjeux locaux : le parti du président est presque systématiquement sanctionné lors de ces scrutins, et l’évolution du nombre de sièges qu’il détient est étroitement liée à la cote de popularité du chef de l’État, qui reflète souvent le jugement des citoyens sur la situation du pays. La victoire retentissante de Barack Obama en 2008 s’était accompagnée d’une large victoire démocrate aux élections législatives organisées le même jour. En 2010, cette victoire se transformait en déroute, sans que les enjeux locaux aient fondamentalement changé. La même tendance a été observée sous Trump entre 2016 et 2018, sous George W. Bush entre 2004 et 2006 et, plus généralement, lors de presque tous les scrutins de mi-mandat depuis trente ans, à deux exceptions près : 1998 et 2002.

En réalité, les élections de mi-mandat permettent à l’opposition de mobiliser ses électeurs, tandis que l’exercice est plus difficile pour le parti au pouvoir. Le président ne figure pas sur le bulletin de vote et se révèle très souvent impopulaire, parfois moins de deux ans après son entrée en fonction. Ce déficit de mobilisation constitue l’une des principales explications de l’avantage dont bénéficie l’opposition lors des élections de mi-mandat, avantage que la priorité donnée aux enjeux locaux suffit difficilement à contrer.

Pour toutes ces raisons, les élections de mi-mandat de novembre prochain auront une portée nationale et constitueront un référendum sur Trump, comme elles l’ont été pour ses prédécesseurs. Elles donneront au peuple américain l’occasion d’exprimer son soutien ou son rejet d’un président qui aura profondément écorné la crédibilité des États-Unis et la sympathie dont le pays bénéficie à l’étranger. À ce titre, le message envoyé par les électeurs sera observé attentivement dans le monde entier.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis