Midterms : Trump accuse déjà les urnes

par Sébastien Lévi |  publié le 19/07/2026

Lors d’une adresse solennelle à la nation le 16 juillet, Donald Trump a franchi un nouveau cap dans sa remise en cause des institutions démocratiques américaines. Une offensive qui prépare déjà la bataille des prochaines élections de mi-mandat.

Donald Trump s'exprime lors de la conférence politique 2026 de la Faith & Freedom Coalition, le 26 juin 2026 à Washington. Ce groupe chrétien conservateur accueille plusieurs personnalités politiques venues s'exprimer sur les élections de mi-mandat de 2026. (Photo Anna Moneymaker / Getty Images via AFP)

Dans une allocution télévisée, le président américain a multiplié les contrevérités sur les élections aux États-Unis. Il a accusé la Chine d’ingérence, les journalistes d’en être complices, remis en cause le vote par correspondance, évoqué des cas de fraude inexistants et « rappelé » que l’élection de 2020 lui avait été volée, sans apporter la moindre preuve à ces allégations complotistes et délirantes.

L’intéressé a commencé son discours en mentant sur les problèmes bien réels du pays, comme la guerre en cours contre l’Iran, l’inflation persistante ou l’accès aux soins, avant de se concentrer sur un problème inexistant : sa véritable obsession, la fraude électorale imaginaire qui expliquerait sa défaite en 2020. Cette fixation lui permet de justifier l’urgence de faire adopter une loi restreignant l’accès au vote, le Save America Act, qui constitue sa priorité absolue sur le plan législatif.

Les élections de mi-mandat en ligne de mire

L’affaiblissement des institutions démocratiques américaines reste au cœur du projet trumpien. Le 6 janvier 2021 n’était ni un accident ni une simple dérive, mais un tournant décisif. Trump s’emploie d’ores et déjà à saper non seulement les prochaines élections, avec le Save America Act, mais aussi leur légitimité, afin de pouvoir en contester les résultats s’ils venaient à lui déplaire.

Le locataire de la Maison-Blanche sait parfaitement que les élections de mi-mandat s’annoncent mal, non seulement en raison de son impopularité, mais aussi parce que les précédents historiques montrent que le parti au pouvoir subit souvent un revers lors de ce scrutin. La perte de la Chambre des représentants, probable, porterait un coup à ses priorités législatives et contraindrait son administration à répondre aux convocations du Congrès sur les abus de pouvoir et la corruption endémique qui la caractérisent. La perte du Sénat, plus incertaine, limiterait sa liberté d’action à l’international et, surtout, son pouvoir de nomination, notamment celui des juges, y compris à la Cour suprême.

Donald Trump a passé sa vie à contester les défaites qu’il subissait, en justice, dans les affaires comme en politique. Chaque faillite, chaque jugement défavorable ou chaque élection perdue devient non pas une défaite, mais une « injustice » commise par un système corrompu (« rigged ») à son encontre. C’est cette mentalité qui explique son refus de reconnaître la moindre erreur ou la moindre défaite, suivant ainsi les conseils de son mentor, Roy Cohn, ancien avocat de Joe McCarthy.

Une stratégie de contestation des résultats

Confronté à une impopularité record, il entend donc modifier les règles électorales à son avantage et remettre en cause le verdict des urnes si ces manœuvres ne suffisaient pas, y compris par la force, en s’appuyant sur des nervis dont il s’est assuré la fidélité en graciant massivement les émeutiers du 6 janvier.

Il a ainsi montré que, comme tout chef mafieux, il n’abandonnait pas les siens. Le discours du 16 juillet n’est ni un caprice ni une simple éruption de mauvaise humeur. Il constitue un rappel des troupes avant les prochaines échéances électorales, qu’il entend soit gagner, soit contester par tous les moyens, légaux ou non. Tel est l’état de la démocratie américaine sous l’administration du président milliardaire, à l’heure où les États-Unis célèbrent les 250 ans de leur indépendance.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis