Mondial 2026 : Trump ne veut pas des Africains

par Jean-Paul de Gaudemar |  publié le 19/06/2026

Les équipes africaines sont très présentes dans cette Coupe du monde 2026. Leurs supporters, moins : ils sont freinés par les visas, les restrictions sanitaires et de multiples obstacles administratifs. Un apartheid déguisé ?

Le système ESTA est un programme du gouvernement américain permettant de déterminer l'éligibilité pour entrer aux États-Unis sans visa (Visa Waiver Program). Le site web de la FIFA fournit les calendriers des rencontres et les informations sur la Coupe du Monde. (Photo Marcin Golba / NurPhoto via AFP)

Placée de fait sous la houlette de Donald Trump, cette Coupe du monde 2026 s’ouvre avec une ambition démesurée, à la hauteur de l’ego du président américain. Trois immenses pays l’accueillent — les États-Unis, le Canada et le Mexique. Seize villes sont mobilisées – deux au Canada, onze aux États-Unis et trois au Mexique – ce qui donne une première idée des moyens logistiques nécessaires. Quarante-huit nations participent à la compétition, contre trente-deux traditionnellement, et Gianni Infantino, président de la FIFA, attend jusqu’à 7 milliards de dollars de recettes.

Un record dans l’histoire de la compétition, et un magnifique « business », pour reprendre le vocabulaire de Trump. En principe, ces revenus devraient être reversés aux fédérations nationales afin de développer ce sport. Notamment aux États-Unis, où il reste encore loin derrière le basket, le football américain, voire le golf.

Le début de cet événement de plusieurs semaines coïncide avec le 80e anniversaire du président américain et avec le lancement des célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis. Dans un contexte géopolitique particulièrement complexe, les États-Unis, principaux maîtres du jeu dans cette organisation à trois pays, offrent ainsi au sport roi de la planète une immense scène et à ses spectateurs un puissant dérivatif face aux angoisses du moment.

Des recettes records pour la FIFA

Pour brillante qu’elle s’annonce, la médaille a son revers. Si Gianni Infantino compte sur des recettes records et les trois pays organisateurs sur d’importantes retombées touristiques, ce ne sont pas les Africains qui contribueront le plus à ce succès.

Les équipes africaines représentent pourtant plus de 20 % des nations qualifiées, avec dix sélections : le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, le Ghana, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, le Sénégal, la RDC et le Cap-Vert. Mais les obstacles se multiplient pour leurs supporters.

Les obstacles pour les supporters africains

Le premier est évidemment financier. Pour beaucoup d’Africains, pourtant passionnés de football, un tel voyage reste hors de portée : billets d’avion, hébergement, séjour sur place et places dans les stades représentent des dépenses considérables. Cette réalité ne concerne d’ailleurs pas les seuls Africains. Elle touche aussi de nombreux milieux populaires sur tous les continents, y compris aux États-Unis, au Canada ou au Mexique. La sélection est ici clairement sociale, paradoxe pour le sport le plus populaire de la planète.

Mais cette sélection sociale se double, pour les Africains, d’un autre type de discrimination, qui n’est pas sans évoquer le racisme. Car même lorsqu’un supporter africain dispose des moyens nécessaires, il se heurte à une multitude d’obstacles présentés comme administratifs, mais qui relèvent aussi de choix politiques.

Le premier concerne les restrictions drastiques imposées à l’octroi des visas touristiques. Plus de la moitié des pays africains sont concernés. Les États-Unis ont en outre limité à un nombre restreint d’ambassades la capacité de délivrer ces visas, obligeant ainsi de nombreux demandeurs à se rendre dans un autre pays pour accomplir leurs démarches.

À cela s’ajoute une exigence financière particulièrement dissuasive : les ressortissants de plus des deux tiers des pays africains doivent verser, en échange d’un visa, une caution pouvant atteindre entre 5 000 et 15 000 dollars.

Enfin, des mesures sanitaires ont également été mises en place pour prévenir les risques épidémiques, notamment liés au virus Ebola. Tout ressortissant non-américain ayant séjourné récemment dans certains pays touchés — notamment la RDC, l’Ouganda ou le Soudan du Sud — pourra se voir refuser l’entrée sur le territoire. Le Canada et le Mexique ont également adopté des mesures comparables.

Une sélection au-delà du critère social

En cette année 2026, la sélection permettant d’assister aux matches de la Coupe du monde autrement qu’à la télévision n’est donc plus seulement sociale, comme c’est désormais souvent le cas pour ce sport populaire. Parce que ces obstacles frappent principalement les Africains, ils portent en eux, ainsi que dans les décisions qui les ont inspirés, les relents d’un racisme particulièrement malvenu, sous la forme d’un apartheid sportif à peine dissimulé.

Jean-Paul de Gaudemar

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