Municipales : l’ombre de la présidentielle

par Valérie Lecasble |  publié le 13/03/2026

Destin d’Édouard Philippe, progression du RN, stratégie de LFI, reflux des écologistes, maintien des positions dominantes de LR et du Parti socialiste : les enjeux du vote de dimanche sont considérables. Paris et Marseille peuvent basculer. Toulouse, Limoges, mais aussi Saint-Denis voire Nantes serviront de test.

Les affiches des candidats aux élections municipales de Paris pour 2026 sur des panneaux d'affichage, le 9 mars 2026. (Photo Quentin de Groeve / Hans Lucas via AFP)

Bientôt le dénouement… Après deux mois et demi de show permanent, de l’enlèvement de Maduro à la pseudo-annexion du Groenland jusqu’à la vraie guerre en Iran, où Donald Trump a occupé tous les écrans, voici venue l’heure des… élections municipales. « Celles que les Français comprennent le mieux, elles seront un banc d’essai pour la présidentielle », cadre d’emblée le journaliste Alain Duhamel.

Des municipales aux allures de test présidentiel

Le contraste est pourtant saisissant entre le peu de temps qu’y accordent les médias et la sur-implication de la classe politique, sur les charbons ardents. Certes, pour les 31 millions d’habitants de 93 % des 34 875 communes françaises qui connaîtront leur maire dès dimanche, il s’agit d’une formalité. Le maire y est souvent sortant, ses électeurs le connaissent et lui font confiance. La rivalité démarre dans les 7 % de communes restantes dont 25 % verront s’affronter seulement deux listes au 2ᵉ tour.

C’est dans les plus grandes villes, de plus de 30 000 habitants, que la foire d’empoigne est attendue. Puisqu’il suffit de 10 % des voix exprimées, jusqu’à quatre voire cinq listes pourront se maintenir au 2ᵉ tour, ce qui complique le résultat final. Tout dépendra en effet des tractations et des alliances passées jusqu’au dépôt des listes mardi soir. « Dans ces villes, et particulièrement celles de plus de 100 000 habitants, les électeurs sont mécontents et en colère, ils veulent le renouvellement. Cela peut ressembler à une mini-présidentielle », révèle le directeur délégué d’Ipsos Brice Teinturier.

À un an de la présidentielle, les Français devraient donc voter plus nombreux qu’en 2020 où, Covid oblige, le taux de participation s’était effondré à 45 %. « La guerre en Iran a fait écran. J’estime la participation aux alentours de 55 % en 2026, à mi-chemin du désastre d’un 50 % pour des municipales et de la divine surprise que serait un 60 %. », évalue Brice Teinturier.

Les stratégies de LFI et la poussée du RN

Pour la moitié des Français, donc, ces municipales portent un enjeu. Pour Édouard Philippe, c’est une évidence. Candidat à sa réélection au Havre, il a répété qu’il ne concourrait pas à la présidentielle s’il devait être battu par son adversaire communiste.

Pour le reste, le point fort sera l’effet de la polarisation de LFI, « un petit laboratoire avant 2027 », selon Brice Teinturier, alors que pour la première fois, des candidats LFI cherchent à faire chuter les socialistes dans les grandes villes. « Avant, Jean-Luc Mélenchon considérait les municipales comme de la tambouille électorale. Désormais, il théorise le communautarisme municipal ». C’est ainsi qu’il obtient jusqu’à 20 points de moins de rejet chez les 18-24 ans que dans le reste de la population.

LFI pourrait décrocher de bons scores sans forcément remporter de grosses municipalités. Sauf à Roubaix, où l’avance de son candidat David Guiraud peut être entravée par un front inédit où la droite soutiendrait la gauche modérée pour empêcher LFI de gagner ; et à Saint-Denis, deuxième ville d’Île-de-France, où Mélenchon, qui croit à la victoire de son candidat, ne recule devant rien, en traitant le maire socialiste sortant Mathieu Hanotin de « petit bourgeois visqueux ».

L’objet de sa haine, on l’a compris, est de nationaliser l’élection. « À la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon veut être le candidat dominant de la gauche au 1ᵉʳ tour pour accéder au 2ᵉ tour. Sa stratégie de mobilisation des quartiers populaires, immigrés et de la jeunesse étudiante fonctionnera-t-elle ? » s’interroge Brice Teinturier. « LFI sera-t-il pour la gauche l’empêcheur de gagner en rond ? » renchérit Alain Duhamel.

Un rapport de forces déterminant pour 2027

Le deuxième test sera le score de l’extrême droite, toujours annoncée gagnante mais jusqu’à présent contenue dans ses résultats. Réussira-t-elle une percée dans le sud de la France où elle a le vent en poupe ? À Marseille, où le RN mord les mollets du maire sortant Benoît Payan ; à Toulon, où Laure Lavalette fait la course en tête ; et à Nice, où Éric Ciotti devrait battre Christian Estrosi.

La déculottée des écologistes est, elle, attendue. Après leur maigre 5,5 % aux élections européennes, la perte probable de grandes villes comme Lyon (que gagnerait Jean-Michel Aulas), Strasbourg (au profit de la socialiste Catherine Trautmann), Bordeaux (le macroniste Thomas Cazenave est bien placé) fait mal à Marine Tondelier, qui a vu en outre une partie de ses ouailles rejoindre les listes de LFI. Ainsi, à Lille, son candidat Stéphane Baly est en embuscade… face au dauphin de Martine Aubry qu’il pourrait battre mais en s’associant à… LFI. Ayant passé des accords avec le Parti socialiste dès le 1ᵉʳ tour dans les très grandes villes, la stratégie des Verts se révèle… sinueuse.

Alors, qui va gagner les élections municipales ? Logiquement, le condominium municipal sortant constitué du Parti socialiste et des Républicains, alors que 20 millions de Français vivent aujourd’hui dans une ville de droite, et 17 millions dans une de gauche.

Le souci est qu’ils ne gagneront pas seuls. Pour l’emporter, les deux partis « auront besoin d’alliances mais sans avoir le droit de reconnaître qu’ils ont des alliés. Les deux formations vont devoir être encore plus hypocrites que d’habitude », lance, pince-sans-rire, Alain Duhamel. On a ainsi vu le LR Bruno Retailleau, puis le socialiste Pierre Jouvet se lancer à la figure les « alliances de la honte » du camp adverse, à savoir avec LFI pour le PS et avec le RN pour LR.

À Marseille, à Toulouse, voire à Nantes et à Paris, le maintien au 2ᵉ tour de La France insoumise peut empêcher le Parti socialiste de gagner. LFI acceptera-t-elle de se désister comme l’y enjoint vertement la direction du PS ? Ou bien Jean-Luc Mélenchon prendra-t-il le risque de faire gagner le Rassemblement national à Marseille et Rachida Dati, l’emblème de la sarkozie à Paris ? Une responsabilité risquée à porter en vue de la présidentielle.

Pour LR, les alliances avec le RN seront moins visibles car les communes concernées sont moins emblématiques. Mais Gérard Larcher, qui connaît le poids décisif des conseillers municipaux aux prochaines sénatoriales, veille à ne pas faire entrer le loup dans la bergerie, en l’occurrence le RN au Sénat.

Que retenir de tout cela ? Comme souvent que la victoire reviendra à celui qui aura conquis Paris et Marseille, les deux plus grandes villes de France. Que la gauche les conserve, et elle aura gagné. Qu’elle les perde et la claque sera sévère, jusqu’à remettre en cause la possibilité d’une victoire à la présidentielle.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique