Netanyahou : l’assaut contre la démocratie
À mesure que les élections approchent, Benyamin Netanyahou semble considérer que le véritable adversaire n’est plus seulement son opposition, mais les contre-pouvoirs eux-mêmes. C’est ce basculement qui fera du scrutin d’octobre un rendez-vous décisif.
Les élections israéliennes auront lieu le 27 octobre. Elles marqueront un choix décisif pour les citoyens de l’État hébreu, moins sur les différentes solutions aux problèmes du pays que sur la nature même du régime politique qu’ils souhaitent pour Israël. Outre la catastrophe sécuritaire du 7 octobre et la guerre avec l’Iran, le véritable héritage de Netanyahou lors de ce mandat, plus encore que lors des précédents, aura été l’affaiblissement sans précédent de la démocratie israélienne, à travers sa volonté de réforme de la justice.
À la différence des États-Unis, cet affaiblissement répond à une conjonction d’intérêts bien compris plutôt qu’aux penchants autocratiques d’un homme. Ainsi, il est souhaité par Netanyahou pour échapper à la justice, par les partis d’extrême droite pour mener à bien la colonisation des territoires palestiniens sans aucune limite, et par les partis ultra-orthodoxes pour mettre fin aux restrictions à la coercition religieuse.
Pour les trois composantes de la coalition au pouvoir, la remise en cause de l’État de droit en Israël n’est pas un objectif annexe, mais bel et bien le cœur de leur vision du monde et le ciment de leur alliance. Elle explique que cette coalition impopulaire, qui aurait dû rendre le pouvoir après le désastre du 7 octobre, est restée unie pour mener à bien cette entreprise et, surtout, ne pas revenir devant les électeurs avant l’échéance prévue.
Ces dernières semaines, Netanyahou a décidé d’intensifier encore son travail de sape contre les institutions démocratiques du pays, comme la justice ou les médias, ainsi que contre l’égalité des citoyens devant la loi. Il a ainsi refusé de se conformer à une décision de la Cour suprême concernant une loi liberticide sur les médias, fait adopter une loi ouvrant la voie à une dispense de service militaire pour les ultra-orthodoxes, et considérablement affaibli le rôle du conseiller juridique du gouvernement, et donc de la justice.
Un scrutin déterminant pour la démocratie
Netanyahou sait qu’une défaite électorale signifierait la fin de sa carrière politique, mais sans doute aussi la prison. Cynique absolu, il garde l’option d’un abandon des poursuites engagées contre lui en échange de sa sortie du jeu politique, et souhaite maintenir la pression contre la justice. Les attaques contre cette institution sont donc autant des mesures de rétorsion, d’intimidation que d’affaiblissement d’une institution qu’il craint plus que tout.
Sa volonté de rester à tout prix au pouvoir pourrait aussi conduire Netanyahou à refaire entrer Israël en guerre pour jouer le thème de l’union nationale, réduire les attaques de ses opposants, voire fermer l’espace aérien et empêcher ainsi les Israéliens expatriés, plutôt opposés à la coalition sortante, de rentrer au pays pour voter, en l’absence de vote par procuration ou par correspondance en Israël. Si le report des élections pour cause de guerre est une hypothèse peu probable, les multiples coups de canif portés par Netanyahou à la démocratie israélienne rendent désormais tous les scénarios possibles.
Netanyahou pourrait également rogner sur les droits des partis politiques arabes, au-delà de ses attaques répétées contre le vote des électeurs arabes, dont il remet en cause, de manière à peine voilée, la légitimité, en accusant l’opposition de vouloir s’allier avec les partis arabes. Enfin, Netanyahou pourrait bien mettre en doute la régularité du scrutin, sur le modèle de Donald Trump, afin de délégitimer par avance une éventuelle défaite. Les élections d’octobre prochain ne seront pas seulement l’occasion de choisir entre différentes politiques, sur les plans diplomatique ou économique. Elles constitueront un référendum sur la nature même du pays : une démocratie libérale, certes imparfaite, ou un régime en voie de dérive illibérale, messianique et théocratique, avec un enjeu qui pourrait donner lieu à des manipulations de la part d’un pouvoir terrifié à l’idée de perdre le pouvoir.



