New York : Mamdani accentue le dilemme démocrate

par Sébastien Lévi |  publié le 01/07/2026

La primaire de New York confirme la montée en puissance de Zohran Mamdani et place le Parti démocrate devant un choix stratégique. Reste à savoir jusqu’où ses chefs de file seront prêts à suivre cette nouvelle ligne politique radicale.

Le maire de New York, Zohran Mamdani, lors d'une soirée électorale pour soutenir Claire Valdez, candidate au Congrès de la ville de New York, le 23 juin 2026. Elle a remporté l'élection face au président de l'arrondissement de Brooklyn, Antonio Reynoso. (Photo Michael M. Santiago / Getty Images via AFP)

La victoire de Mamdani à la mairie de New York, en novembre dernier, constituait déjà un coup de tonnerre et un tournant politique. Membre des « Democratic Socialists of America » (DSA), parti satellite à la gauche du Parti démocrate qu’il entend refaçonner de l’extérieur, il s’est fortement impliqué dans les primaires démocrates en vue des élections de mi-mandat de novembre prochain.

Il a ainsi soutenu trois candidatures dans des circonscriptions jugées « gagnables » de la ville : deux candidates issues du DSA, Darializa Avila Chevalier et Claire Valdez, ainsi que Brad Lander, représentant de l’aile gauche du Parti démocrate, mais non membre du DSA. En remportant trois victoires face à deux députés sortants et à un troisième candidat soutenu par une élue qui ne se représentait pas, il a démontré non seulement son pouvoir de nuisance, mais aussi sa capacité d’influence.

Il faut certes rappeler que Mamdani ne s’est engagé que dans trois des treize circonscriptions que compte New York. Ces succès n’en constituent pas moins un véritable tournant pour le Parti démocrate.

Les trois candidats ont fait d’Israël un thème central de leur campagne, devenu le principal sujet de clivage, valant certificat de progressisme. Si Brad Lander reconnaît la légitimité de l’État d’Israël tout en l’accusant de « génocide » à Gaza — une opinion partagée par 77 % des électeurs démocrates et 40 % des Juifs américains —, Avila Chevalier adopte une position beaucoup plus radicale. Elle manifeste contre Israël dès le 8 octobre 2023 et appelle au boycott du pays. Cet extrémisme ne concerne pas que l’État hébreu : les candidates du DSA s’opposent également à la police et à toute politique de contrôle de l’immigration.

Une analyse détaillée des résultats montre que les quartiers les plus réceptifs aux thèmes du DSA sont ceux touchés par la gentrification, où vivent des électeurs majoritairement blancs, diplômés et aisés (les statistiques ethniques étant autorisées aux États-Unis). Les électeurs afro-américains ou hispaniques de ces mêmes quartiers, à l’exception des plus jeunes, ont globalement moins soutenu le DSA, qu’ils jugent davantage préoccupé par des victoires sociétales symboliques que par des avancées sociales concrètes.

Un choix stratégique pour le Parti démocrate

L’une des causes de la défaite de Kamala Harris réside précisément dans la focalisation du Parti démocrate sur des thèmes sociétaux éloignés des préoccupations quotidiennes des électeurs. New York n’est certes pas l’Amérique. Il n’en demeure pas moins que le Parti démocrate est confronté à un problème majeur, accentué par le bipartisme américain qui oblige, dans les faits, à choisir entre un démocrate et un républicain.

Dans ce contexte, l’étiquette démocrate risque de devenir un fardeau, en donnant l’image d’un parti déconnecté des réalités, notamment après la victoire de candidats de cette sensibilité, même dans le contexte particulier de New York. Les républicains ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, se réjouissant publiquement de ces succès, susceptibles d’améliorer leurs propres perspectives lors des élections de mi-mandat, au moins dans les circonscriptions les plus disputées.

Dans un pays profondément polarisé par un redécoupage électoral très favorable aux partis dominants localement, la plupart des circonscriptions sont devenues très marquées idéologiquement. Un candidat investi dans une circonscription « sûre » a donc de fortes chances d’être élu, même avec des positions très radicales, d’autant que les primaires mobilisent avant tout les militants les plus engagés, comme l’a encore montré le scrutin new-yorkais.

En 2010, le Tea Party, mouvement citoyen très conservateur, s’était constitué autant contre Barack Obama que contre l’appareil du Parti républicain. Minoritaire, voire marginal à ses débuts, il a pourtant profondément transformé le paysage politique américain et préparé l’avènement de Donald Trump ainsi que du mouvement MAGA, qui a progressivement pris le contrôle du Parti républicain.

Si demain la vie politique américaine devait opposer le DSA au tandem Tea Party-MAGA, les États-Unis entreraient dans une période encore plus dysfonctionnelle qu’aujourd’hui, avec une prime à la radicalité, l’affrontement permanent et la paralysie législative. Il appartient donc au Parti démocrate d’empêcher ce mouvement de poursuivre son essor, non seulement pour préserver ses chances électorales lors des prochaines élections de novembre, mais aussi pour éviter d’aggraver encore la crise d’une démocratie américaine déjà profondément fragilisée.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis