« No Kings » : le peuple contre Trump

par Sébastien Lévi |  publié le 01/04/2026

Le 28 mars, des millions d’Américains ont manifesté en scandant « No Kings ». Rarement la contestation aura pris une forme aussi spectaculaire dans le pays : celle d’un refus frontal de toute dérive monarchique qui s’exprime face au pouvoir trumpien, de plus en plus personnel et débridé.

Des manifestants se rassemblent sur le National Mall, devant le Capitole, lors d'une manifestation « No Kings » contre Donald Trump et son administration à Washington, le 28 mars 2026. (Photo Celal Gunes / Anadolu via AFP)

Pour la troisième fois depuis le retour du président milliardaire à la Maison-Blanche, une manifestation massive s’est tenue aux États-Unis le 28 mars sous la bannière « No Kings ». Celle-ci est à la fois un hommage aux pères fondateurs de la nation américaine et à leur rejet de la royauté britannique, et le slogan d’une mobilisation citoyenne d’ampleur contre la dérive autocratique trumpienne qui avance sur deux jambes : l’érosion des contre-pouvoirs et la corruption généralisée.

Une mobilisation nationale contre la dérive du pouvoir

Avec des millions de personnes dans les rues, cette manifestation a montré à qui en douterait encore l’impopularité grandissante de l’administration en place, composée de dévots à genoux devant leur chef. Une dérive qui heurterait justement les pères fondateurs de la nation américaine. Dans une formule que les marches « No Kings » illustrent parfaitement, Thomas Jefferson disait qu’un « prince dont le caractère est ainsi marqué par tous les actes qui peuvent définir un tyran est inapte à gouverner un peuple libre ».

Avec des affiches géantes à son effigie dans les rues de Washington ou sa signature bientôt sur les billets de banque, pour la première fois dans l’histoire du pays, ce président prend peu à peu tous les oripeaux du tyran. Et le culte de la personnalité qu’il veut imposer confine au ridicule lorsque le si mal nommé Parti « Républicain » crée un « America First Award », dont le premier récipiendaire n’est autre que Donald Trump. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, ne s’y est pas trompé : à l’approche de la Coupe du Monde de Football 2026 qui se tiendra simultanément cet été aux États-Unis, au Mexique et au Canada, l’Italien a créé un prix FIFA de la paix des plus artificiels, dont le seul objet était de l’attribuer à Trump pour s’en attirer ses bonnes grâces. Mission accomplie !

Institutions fragilisées et contre-pouvoirs contestés

Un culte de la personnalité qui s’accompagne d’un affaissement sans précédent des normes et des règles démocratiques les plus élémentaires outre-Atlantique. L’égotisme de Trump le conduit à tordre les faits, la réalité, et à rejeter les contre-pouvoirs qui pourraient limiter son influence, du Congrès à la justice en passant par la presse ou les agences indépendantes, fermées ou privées de financement. C’est cette dérive vers un régime autocratique, liberticide et corrompu que les manifestants américains entendaient dénoncer dans cette manifestation « No Kings ».

George Washington, le premier président américain, disait que les personnes au pouvoir dans un pays libre devaient « se limiter à leurs sphères constitutionnelles respectives, en évitant, dans l’exercice des pouvoirs d’un département, d’empiéter sur ceux d’un autre ». Dans la capitale américaine qui porte son nom, règne aujourd’hui un homme qui ne reconnaît aucune des limites imposées par la Constitution.

Il revient donc au souverain ultime, le peuple, de les lui rappeler et de sauver la démocratie américaine. Ils étaient donc des millions dans les rues des villes américaines contre le roi-tyran Trump. Autres père fondateur, Benjamin Franklin, autre père fondateur, définissait en 1787 la nature du gouvernement du pays en création avec cette formule inquiète : « Une république, si vous pouvez la conserver ». Au moment où les États-Unis s’apprêtent à célèbrer leur 250e anniversaire, ces mots ont une résonance terriblement actuelle.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis