Nos propositions pour 2027

par Rémy Goubert |  publié le 17/04/2026

Chaque semaine, désormais, le LibreJournal mettra en débat une proposition de réforme destinée à animer la discussion publique au cours de cette année présidentielle. Aujourd’hui : imposer aux écoles privées un quota de 50% d’élèves défavorisés.

4) Assurer la mixité sociale à l’école : 50 % d’élèves défavorisés dans l’enseignement privé

Dans la France de 2026 cohabitent toujours une école pour tous et une école prioritairement réservée aux classes supérieures. Ce n’est pas une conviction, c’est un constat, largement établi depuis la publication des Indices de Position Sociale (IPS), qui mesurent, sous l’égide du ministère, la composition sociologique des établissements publics et privés. Enfin, ce problème est objectivé par des statistiques précises.

Oui, l’école reste l’un des principaux vecteurs de reproduction sociale. Au cœur de cette problématique se trouve le fossé croissant entre l’enseignement public et l’enseignement privé sous contrat. Pour restaurer une véritable cohésion nationale, il est temps d’envisager une mesure structurelle forte : conditionner l’octroi des subventions publiques au respect d’un quota de 50 % d’élèves issus de milieux défavorisés dans les établissements privés, sachant, bien sûr, que ce pourcentage de principe doit être modulé en pratique.

Assurer la mixité sociale pour permettre la paix sociale

La mixité sociale n’est pas un simple idéal moral : c’est un levier de performance académique et de stabilité démocratique. Selon les données du ministère de l’Éducation nationale, l’évitement scolaire vers le secteur privé a conduit à une polarisation extrême.

Dans nos métropoles, l’écart d’IPS s’est creusé de 15 % en vingt ans. On croise désormais des établissements privés affichant un IPS dépassant les 130 (le sommet de la hiérarchie sociale), quand le collège public à deux rues de là stagne à 80. Aujourd’hui, le privé accueille en moyenne deux fois moins de boursiers que le public. Comme le remarquait Pierre Bourdieu, l’école finit par « transformer l’héritage social en mérite individuel ».

L’IPS est le résultat de la combinaison des positions sociales des parents. Plus il est élevé, plus les conditions d’apprentissage sont favorables. L’absence de mixité handicape les élèves les plus fragiles, privés d’émulation, mais elle nuit tout autant aux élèves les plus aisés. Enfermés dans un entre-soi protecteur, ils s’appauvrissent sur le plan du savoir-être et de la compréhension de la société réelle.

L’entre-soi : un luxe payé par tous

Aujourd’hui, l’État finance environ 75 % du budget des établissements privés sous contrat (soit plus de 12 milliards d’euros par an). En d’autres termes, l’impôt de tous subventionne la réussite d’une minorité déjà privilégiée, entretenant un système de ségrégation sociale de fait.

Ce financement nous oblige, en tant que communauté nationale, à exiger le respect d’une idée simple : en sus de l’apprentissage des savoirs fondamentaux, l’école doit être le lieu de la rencontre avec celles et ceux que l’on n’aurait jamais rencontrés autrement. L’enfant de riches commerçants, de hauts fonctionnaires d’État, d’artistes, doit côtoyer l’enfant d’employés, de travailleurs manuels, d’intérimaires, de petits fonctionnaires. À défaut, c’est sa connaissance des autres qui souffrira. C’est son empathie qui manquera. C’est, au-delà même de son existence, le lien social de la République tout entière qui se délitera.

Des fonds publics pour servir l’intérêt général

Pour briser ce plafond de verre, je propose une réforme du mode de subventionnement. Le principe est simple : le financement public doit servir le bien public.

  1. Le mécanisme du quota des 50 %
    Il s’agit de viser un seuil de 50 % d’élèves boursiers ou issus de catégories socio-professionnelles (CSP) défavorisées au sein de chaque établissement privé sous contrat. Ce chiffre, bien que d’apparence radicale, vise à aligner la composition du privé sur la réalité sociologique du territoire national, tout en compensant des décennies de sélection informelle.
  2. Le levier financier comme garant
    Le respect de ce quota doit devenir une clause suspensive du contrat d’association. La Cour des comptes a déjà pointé le manque de contrôle sur l’utilisation des fonds versés au privé. Allons plus loin : un établissement qui refuse de jouer le jeu de la mixité verra ses dotations (forfait d’externat, salaires des enseignants) réduites progressivement, jusqu’au déconventionnement total.

La proposition d’un quota de 50 % est un électrochoc nécessaire. L’école de la République ne peut pas être une école à deux vitesses. Aussi, la lumière faite sur les inégalités entre école publique et privée ne saurait cacher les inégalités entre établissements publics. Le lycée Henri-IV se rapproche davantage d’un lycée privé que d’un lycée public de région, notamment dans sa composition sociale et la qualité de l’enseignement qui y est dispensée. La bataille pour la mixité doit se mener partout.

La République doit assurer l’émancipation de tous : on ne peut être condamné par son quartier, son nom, son sang, son statut social, son rang. Aller vers l’émancipation, c’est imposer la mixité dès le plus jeune âge. C’est faire comprendre au plus petit cette phrase d’Antoine de Saint-Exupéry : « si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. »



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Elle sera publiée.

Voir la proposition précédente : 3) Imposer les riches : mieux que la taxe Zucman



Vos contributions :

LORENZA

Je réagis à votre article sur l’école privée qui s’était fréquentée par 50 % d’élèves non nantis (en quelque sorte).
Je vais vous donner mon expérience :
Je vivais aux Antilles et pour des raisons personnelles j ai dû couper mes liens avec la faille et revenir en métropole, seule avec ma fille de 6 ans à l’époque.
Je revenais sans travail. C’était à Béziers, Ménard n’était pas encore le maire.
Inscrite au chômage et sans ARE, j’ai fait une demande pour le RSA qui fut acceptée.
Je vivais en centre ville car j’ai eu la chance que des propriétaires me fassent confiance. Le quartier était correct, pas bourgeois.
L’école républicaine est celle dans laquelle j’ai grandi en région parisienne, Poissy, dans les années 70/80. La mixité que j’ai tant aimé. D’origine étrangère de plusieurs pays, j’ai toujours lutté contre le racisme.
Donc la question ne se posait pas, ma fille a été inscrite dans une école publique.
C’était en 2001. En 2003, j’ai dû changer ma d’école dans l’urgence, au mois de juin pour la rentrée suivante. Les enfants (dont ma fille) subissaient les humeurs et rancœurs des gens de cantine. 
Faire courir les enfants après manger dans la cours sous le soleil, en pleine canilcule à l’époque. Et ceci sous prétexte qu’à un moment donné des enfants ont joué avec du pain. Je suis allée voir tout le monde et on m’a bien dit que tout le monde était au courant des attitudes du personnel de la cantine. Aucun témoignage ne sera fait car ils avaient peur de perdre leurs place. Les dames en question ont été mutée par la suite.
J’ai inscrit ma fille dans l’urgence dans des écoles privées. De par mon adresse, je n’avais pas le choix. Et par chance, mon enfant a pu faire sa rentrée dans une école privée jusqu’au CM2. Le prix n’était pas trop élevé mais j’ai pu le faire. Elle mangeait à la cantine pour laquelle j’avais un tarif préférentiel. Ensuite, le collège.
Étant donné mon lieu d’habitation, le collège où elle aurait dû aller me faisait peur, vraiment. Beaucoup de bagarres au couteau. 
Je décide donc de me « serrer encore plus la ceinture » et de l’inscrire dans un collège privé.
Dans ce collège, catholique, il y avait des juifs et des musulmans. 
C’était là que des parents mettaient leurs enfants quitte à se sacrifier financièrement pour que les enfants aient un bon niveau et moins de problèmes avec les autres élèves. 


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Rémy Goubert