Obama-Trump : deux Amériques irréconciliables

par Sébastien Lévi |  publié le 22/06/2026

L’inauguration de l’Obama Presidential Center, en présence de tous les anciens présidents américains encore en vie, a mis en lumière le contraste saisissant avec le président actuel et la dégradation de l’image des États-Unis sous son mandat.

Les anciens présidents Barack Obama, Joe Biden, George W. Bush, Bill Clinton et l'ancienne secrétaire d'État Hillary Clinton lors de l'inauguration du Barack Obama Presidential Center, le 18 juin 2026 à Chicago. Barack Obama a été le 44e président des États-Unis de 2009 à 2017 et le premier Afro-Américain à cette fonction. (Photo Jim Vondruska / Getty Images via AFP)

Dimanche dernier, un spectacle de MMA était organisé à la Maison-Blanche à l’occasion de l’anniversaire de Trump, président-monarque ayant transformé les jardins de la résidence présidentielle en parc d’attractions géant durant tout le week-end. Mardi, il signait en grande pompe un accord désastreux avec l’Iran, actant une capitulation américaine, abandonnant le peuple iranien à son sort, fragilisant ses alliés israéliens et arabes modérés, et entamant un peu plus la crédibilité de son pays.

L’inauguration du centre Obama

Jeudi, c’est une tout autre image de l’Amérique qui s’est rappelée au bon souvenir de ses amis. Ce jour-là, Barack Obama inaugurait l’Obama Presidential Center à Chicago, où il recevait Bill Clinton, George W. Bush et Joe Biden, ainsi que leurs épouses. À cette occasion, Obama prononça un discours aussi élégant dans la forme que sévère sur le fond, adressant une critique cinglante de son successeur.

En rappelant que « chaque être humain possède une dignité et une valeur intrinsèques, et que nul n’est au-dessus de la loi ni privé de sa protection ; que notre système de gouvernement repose sur un équilibre des pouvoirs et sur la responsabilité qu’assurent une justice indépendante et une presse libre et vigoureuse ; que nos forces armées et nos services chargés de l’application de la loi ne doivent leur loyauté ni à un président ni à un parti politique, mais au peuple et à notre Constitution ; que le pouvoir doit se transmettre pacifiquement après que le peuple s’est exprimé lors d’élections libres et équitables ; que les qualités de caractère — l’honnêteté, l’intégrité, la bienveillance, la compassion, le sens du devoir et de l’honneur — comptent dans notre vie publique autant qu’elles comptent dans notre vie privée », Obama rappelait des principes qui, sous les coups de boutoir de Trump, paraissent parfois appartenir à un passé lointain. Il a pris soin de ne jamais nommer son successeur, mais celui-ci était dans tous les esprits.

En s’affichant aux côtés de George W. Bush et en rendant hommage à ses anciens adversaires John McCain et Mitt Romney, il montrait que, loin de la polarisation permanente et de la grossièreté érigées en méthode politique par Trump, la vie publique pouvait encore être marquée par la dignité et le respect, au-delà des divergences partisanes.

Une autre vision des États-Unis

À l’occasion des 250 ans des États-Unis, Obama a ainsi offert au monde une autre vision de l’Amérique : celle d’une république toujours en construction, dotée d’institutions faillibles mais respectables, voire admirables, et fondée sur un principe central : nul n’est au-dessus de la loi. Un principe aujourd’hui mis à l’épreuve par un président que ses critiques jugent brutal, corrompu et malhonnête.

Le défi de l’après-Trump

En ce jeudi 19 juin, il flottait à Chicago comme l’impression d’assister à la réunion d’un gouvernement en exil face à des dirigeants accusés d’avoir détourné l’esprit des institutions américaines.

Pourtant, ce n’est pas un coup d’État qui a porté Trump et ses affidés au pouvoir, mais bien le peuple américain, à deux reprises. La tâche d’Obama et des anciens présidents réunis à Chicago dépasse donc le simple rôle de baume apaisant qu’ils ont incarné ce jour-là par leur complicité et la qualité de leurs interventions. Elle consiste aussi à aider leur pays à faire en sorte que Trump demeure une anomalie historique plutôt que le premier d’une longue série de démagogues incompétents menaçant l’expérience américaine — cette « république, si vous pouvez la conserver », selon la célèbre formule de Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des États-Unis.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis