ONU : Netanyahou seul contre tous

par Sébastien Lévi |  publié le 02/10/2026

À l’ONU, le discours de Netanyahou a surtout révélé à quel point Israël se retrouve isolé. Mais loin de chercher à rompre cette solitude, le premier ministre semble désormais l’assumer, voire en faire un argument politique à l’approche des élections.

Des membres de délégations quittent la salle alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 24 septembre 2026. (Photo TIMOTHY A. CLARY / AFP)

À New York, Netanyahou n’a pas seulement donné à voir l’isolement croissant d’Israël : il en a presque fait une doctrine. Devant une ONU qui lui tourne de plus en plus le dos, le premier ministre israélien semble désormais vouloir convaincre son pays que la solitude est moins un échec qu’une preuve de force. Une stratégie qui doit aussi beaucoup à la politique intérieure.

La visite de Netanyahou à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies a été une succession de rebuffades et d’humiliations pour le premier ministre israélien. Avant même son voyage, les images de Trump et Mamdani devisant tout sourire ont dû le faire sortir de ses gonds, alors que Trump n’a pas daigné le recevoir et qu’il a fait du maire de New York son ennemi personnel. L’isolement d’Israël s’est également manifesté dans la communication assez pathétique de son premier ministre, posant tout sourire avec les dirigeants de la Grèce et de la Slovénie, les seuls, avec l’Argentin Milei, à avoir accepté de le rencontrer lors de sa visite.

La salle se vide

Cet isolement s’est surtout vu dans la salle de l’ONU pendant le discours de Netanyahou, avec le départ en masse de délégations. Une manifestation théâtrale et hypocrite au regard du traitement réservé à d’autres dirigeants jamais ainsi condamnés à l’ONU, mais qui aurait mérité mieux que la réaction puérile du premier ministre israélien. Il a ainsi harangué les quelques délégations encore présentes, mettant au défi les autres de quitter la salle, dans une provocation bravache et ridicule, bien peu à la hauteur des enjeux diplomatiques pour Israël.

Une scène illustre le caractère grotesque de cette approche : on a vu un membre de la délégation israélienne pointer tous les absents, comme un instituteur faisant l’appel et comptant en référer au proviseur. Le problème, dans le cas de Netanyahou, est que le « proviseur » habituel, les États-Unis, est aux abonnés absents, en raison de l’incurie de son président, mais aussi parce que l’image d’Israël s’est considérablement détériorée aux États-Unis, évolution dans laquelle le premier ministre israélien porte une lourde responsabilité.

Se croyant dans un meeting électoral du Likoud, Netanyahou a sorti un beeper pour vanter l’opération contre le Hezbollah, comme un enfant fier de son gadget. Il a accusé Mamdani – loin d’être lui-même exempt de reproches – des pires maux, comme si l’enceinte des Nations unies se prêtait à de tels propos de campagne. Il a enfin retourné l’accusation de colonialisme adressée à Israël – absurde au demeurant à ses yeux – contre la France et le Royaume-Uni, devenus deux des cibles prioritaires de son gouvernement, dans une inversion accusatoire pour le moins infantile.

L’isolement en étendard

Alors que Ben Gourion parlait d’inscrire Israël dans le concert des nations, Netanyahou a présenté Israël comme une Sparte autosuffisante confrontée à un monde hostile. Il s’applique méthodiquement à voir se réaliser cette vision, activement poussée par d’autres, semant la consternation chez des amis historiques du pays et la joie chez ses ennemis.

Netanyahou a fait sienne la maxime « Si ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs » : revendiquer ce statut de paria, le présenter aux électeurs israéliens comme une preuve de force et leur dire que le but n’est pas d’en sortir, mais d’en être fier, avec lui à la tête du pays pour y faire face.

De Rabin à Netanyahou

Dans son discours d’investiture en 1992, le premier ministre Itzhak Rabin déclarait : « Il n’est plus vrai que le monde entier est contre nous. Nous devons dépasser la sensation d’isolement dont nous sommes esclaves depuis presque un demi-siècle. » Trois ans plus tard, il était assassiné par un extrémiste israélien.

Trente ans après, et sans nier le caractère parfois irréductible d’une haine d’Israël qui ne s’explique pas par sa seule politique, l’homme qui avait soufflé sur les braises de la violence verbale contre Rabin est premier ministre. Il est devenu le prophète autoréalisateur, assumé et au moins partiellement responsable, de cet isolement d’Israël que son prédécesseur voulait conjurer. L’élection du 27 octobre sera donc aussi un choix entre ces deux visions radicalement différentes.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis