Ormuz : le détroit des initiés

par Sébastien Lévi |  publié le 31/03/2026

Alors que la crise d’Ormuz agite les marchés, des mouvements financiers suspects ont précédé les annonces de Trump. Une confusion entre pouvoir politique et intérêts privés qui ne suscite pourtant pas l’indignation générale. C’est peut-être là le plus préoccupant.

Le président américain Donald J. Trump s'adresse aux journalistes au sujet du détroit d'Ormuz, de l'Iran, en compagnie du secrétaire d'État américain Marco Rubio, avant de quitter la Maison-Blanche, le 20 mars 2026. (Photo Kyle Mazza / NurPhoto via AFP)

Juste avant l’annonce par Trump du report de son ultimatum posé à l’Iran sur la réouverture du détroit d’Ormuz le lundi 23 mars dernier, des échanges anormalement élevés ont eu lieu sur les marchés financiers, laissant penser à un gigantesque délit d’initié. La réaction très faible de l’opinion en dit long sur la dégradation de la morale publique aux États-Unis et de sa crédibilité. Depuis son retour à la Maison-Blanche, la famille Trump a vu sa fortune augmenter de près de trois milliards de dollars, avec de multiples conflits d’intérêts. Les transactions massives observées lundi 23 mars au matin n’ont donc surpris personne, tant le régime trumpien est devenu, à bien des égards, une kleptocratie sans limites dont les garde-fous tombent les uns après les autres. Les 580 millions de dollars échangés ce jour-là viennent s’ajouter à une liste déjà longue d’abus normalisés.

Une crédibilité américaine fragilisée

L’absence d’indignation et de scandale majeur autour de ce délit d’initié probable en dit long sur l’état de la démocratie américaine et son accoutumance à la corruption au plus haut niveau du pouvoir. La non-réaction est le propre des sociétés illibérales qui n’attendent rien d’autre de leurs dirigeants, et surtout pas la probité.

Cette corruption pose aujourd’hui la question de la voix des États-Unis dans le monde. La conduite de la guerre est vue nécessairement à l’aune des intérêts financiers de Trump et de ses proches, et les justifications du conflit sont remises en question pour cette raison. Au-delà de son affairisme, la crédibilité de Trump est nulle, minée par ses mensonges incessants, de sa cote de popularité aux résultats économiques du pays, en passant par la fraude électorale qui lui aurait coûté la victoire en 2020, bien nommé « Big Lie ». Même des observateurs neutres ne savent qui croire lorsque les versions divergent entre l’Iran et les États-Unis, ce qui est en soi un désaveu terrible pour les Américains.

Alliés inquiets et risque de prolifération

Cette démonétisation de la parole américaine concerne tous les acteurs de cette guerre. L’Iran, bien entendu, qui doute de la bonne foi de l’approche diplomatique en cours de Trump, mais aussi ses alliés européens qui se gardent de le suivre sans connaître ses réelles intentions. Même les partenaires les plus proches des États-Unis, comme Israël ou les pays du Golfe, sont dans l’incertitude, au vu des revirements incessants de Trump.

Israël craint ainsi une fin de la guerre anticipée au regard des buts de guerre, et les pays du Golfe doutent aujourd’hui des garanties de sécurité américaines. Si ces derniers étaient réticents devant cette guerre, ils pressent désormais les États-Unis d’en finir avec le régime iranien. Dans le cas contraire, la conjonction de la permanence d’un régime iranien affaibli mais revanchard avec des États-Unis sans crédibilité pourrait conduire à une course aux armements après cette guerre, y compris avec un risque de prolifération nucléaire.

Régime corrompu, transactionnel, sans aucun principe, sans vision de long terme, l’Amérique de Trump n’est plus le gendarme du monde, mais l’un de ses perturbateurs. Énoncer cela n’est pas verser dans l’anti-américanisme pavlovien, comme le répètent trop souvent des commentateurs « pro-américains », mais déplorer une abdication du leadership américain qui ajoute au chaos du monde façonné par Trump, son ingénieur en chef.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis