Paris : le bon, la brute et la truande

par Laurent Joffrin |  publié le 12/03/2026

Comme dans le film de Sergio Leone, l’élection parisienne se ramène, in fine, à un duel à trois entre Grégoire, Chikirou et Dati. Revue critique du casting…

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Le titre de l’œuvre désormais classique du réalisateur italien comporte évidemment sa part d’ironie. Ainsi, le personnage de Clint Eastwood – « le bon » – n’a rien d’un bisounours bienveillant. Sa bonté n’apparaît qu’en regard de la noirceur de ses adversaires, incarnés par Lee Van Cleef – « la brute » – et Eli Wallach – « le truand ». Le « bon » est un cynique, même s’il fait preuve d’une certaine générosité à la fin de l’intrigue ; « la brute » est duplice et impitoyable, « le truand » est un bandit coloré et hâbleur qui fait rire le public.

Une élection municipale en duel à trois

Cette distribution trouve sa traduction politique dans l’élection municipale à Paris. « Le bon », Emmanuel Grégoire, est un tacticien madré, blanchi sous le harnois des mandatures socialistes, qui doit assumer un bilan contrasté. Beaucoup de Parisiens approuvent un héritage — celui de Bertrand Delanoë et d’Anne Hidalgo — qui a transformé la ville, réduit la part de l’automobile, défendu le logement social, promu les espaces verts et réussi maintes manifestations festives qui ont rehaussé la « Ville-Lumière », laquelle détient toujours le record mondial de la fréquentation touristique.

Mais beaucoup d’autres déplorent le manque de propreté dans la ville, l’insécurité qui règne dans certains quartiers, l’endettement de la municipalité et la lourdeur bureaucratique d’une administration coûteuse et pléthorique. « Le bon » reste néanmoins le favori, à condition qu’il convainque les électeurs de sa volonté de pallier ces sérieux manquements.

Une confrontation politique très clivante

La brute, c’est évidemment Sophia Chikirou, oratrice à l’emporte-pièce, brutale et menteuse, qui a transposé sans fioritures à Paris la rhétorique agressive de son mentor Jean-Luc Mélenchon. Tout en se réclamant de la gauche, dans sa version radicale, elle a juré très officiellement d’avoir la peau de la coalition socialiste et écologique emmenée par Grégoire, auquel elle réserve systématiquement ses coups les plus durs, quitte à entraîner par ses outrances la victoire de la droite.

Reste le truand, ou plus exactement la truande, Rachida Dati, hâbleuse, culottée, rigolote à certains égards, mais qui ploie sous le poids des affaires et refuse tout débat contradictoire, privant du même coup les Parisiens d’une compétition réellement démocratique. D’autant que, dans son programme, elle ratifie en fait les grandes orientations des précédents mandats, tout en prévoyant de les dévier par la bande avec des arguments démagogiques.

Bien sûr, la maire du 7ᵉ bénéficie, comme tout un chacun, de la présomption d’innocence. Mais si d’aventure ils l’élisaient, les Parisiens prendraient le risque de la voir disparaître six mois après son élection, au sortir de son procès, tant ceux qui se penchent sur son dossier judiciaire sont assaillis de doutes légitimes. Quant à son refus de toute joute verbale réunissant les protagonistes, il n’est qu’une dérobade incivique.

Un scrutin municipal aux enjeux majeurs

Si bien que nous retrouvons le scénario de Sergio Leone. La comparaison des trois duellistes tourne par élimination à l’avantage du « bon », au nom d’un adage populaire qui vaut pour l’élection comme pour le western : entre trois maux, il faut choisir le moindre.

Laurent Joffrin