Parti socialiste : le rififi permanent

par Valérie Lecasble |  publié le 08/04/2026

Entre Boris Vallaud qui veut construire une coalition autour d’un candidat socialiste ; d’autres qui préfèrent un congrès extraordinaire ; et Olivier Faure qui tente de sauver sa petite primaire, la tension est à son comble au Parti socialiste où chaque mardi le Bureau national est l’occasion d’une nouvelle altercation.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), aux côtés de Boris Vallaud lors du congrès national du Parti socialiste consacré aux élections municipales de 2026 à Paris, le 8 février 2026. (Photo Telmo Pinto / NurPhoto via AFP)

Le mardi est devenu jour de foire d’empoigne au Parti socialiste. D’un Bureau national à l’autre – l’instance qui réunit ses dirigeants –, le désaccord s’installe. Mardi 7 avril, les deux courants, dénommés TOB (texte d’orientation B), celui de Boris Vallaud, et TOC, de Nicolas Mayer-Rossignol, se sont regroupés en une seule force devenue majoritaire. Pour s’opposer à Olivier Faure, ils ont, une fois encore, claqué la porte de la réunion.

Bureau national : la fronde s’organise

La raison de leur colère ? La manière dont le Premier secrétaire leur refuse systématiquement tout vote sur la façon dont sera nommé leur candidat à l’élection présidentielle. Olivier Faure, on le sait, défend depuis longtemps l’idée d’une petite primaire qui irait « de François Ruffin à Raphaël Glucksmann », car il espère, dans une telle configuration, se pousser du col pour s’imposer lui-même comme le meilleur candidat.

Les autres ne veulent pas entendre parler de cette méthode, dont ils craignent qu’elle ne favorise une candidature plus à gauche, en dehors du Parti socialiste, comme celle de François Ruffin. Ils se sont donc ligués pour tordre le bras de Faure et lui faire renoncer à sa primaire, déjà prévue le 11 octobre. Emmenés par Boris Vallaud, qui conduit la fronde, ils exigent au contraire qu’un candidat soit désigné au sein du Parti socialiste avant l’été, c’est-à-dire avant tout rapprochement avec les autres forces de la gauche.

Primaire, congrès ou candidature interne ?

Seulement voilà : pour l’instant, Olivier Faure fait la sourde oreille, alors que les statuts du parti ne permettent pas sa destitution. Malgré une majorité de 38 voix contre lui, il refuse obstinément de soumettre à un nouveau vote toute résolution qui désavouerait sa primaire et entérinerait la proposition d’une candidature socialiste avant l’été. Il étire le temps et évoque à présent une sorte de questionnaire à choix multiples sur le processus et les contours de l’union de la gauche, mais sans désignation d’aucun candidat avant la rentrée de septembre.

Ainsi a-t-il, une nouvelle fois, bloqué, mardi 7 avril, la résolution déposée par Boris Vallaud, qui réclame au contraire « un vote des militants pour se positionner sur une stratégie et un candidat qui devra œuvrer au rassemblement de la gauche et des écologistes ». Ce refus a conduit ses opposants à quitter la salle prématurément.

Entre les deux ex-amis, qui briguent tous deux la candidature à la présidentielle, le blocage est, pour l’instant, total. Pour en sortir, certains défendent une troisième voie : la convocation d’un congrès extraordinaire, afin d’y renverser Olivier Faure puisque, mis en minorité, il refuse de les écouter. Cette option a surgi dès les élections municipales lorsque le Premier secrétaire a entériné les accords passés localement avec LFI après s’être interdit toute alliance nationale. Il est vraiment indécrottable, rien ne sera jamais possible avec lui, pensent ceux-là, soulignant qu’un simple vote majoritaire du Conseil national suffirait à réunir un congrès extraordinaire dans les trois mois…

Bref, à un an de l’élection présidentielle, le vaudeville est à son comble. C’est ainsi au Parti socialiste : on s’étripe au sein des instances dirigeantes et, au même moment, comme si de rien n’était, on envoie des communiqués de presse aux journalistes pour leur exprimer l’inquiétude du parti envers l’attitude de Donald Trump ou faire part du soulagement immense causé par la libération des otages Cécile Kohler et Jacques Paris. On croit rêver…

Tout ceci ne présage rien de bon. Pendant que les candidats putatifs rivalisent de combinaisons tactiques pour s’imposer, le score de la gauche réunie est au plus bas, à peine à 30 %, comme l’ont montré les élections municipales. Le plus jeune et récent venu, Philippe Brun, qui avait porté un espoir de renouvellement au dernier congrès, ne s’y trompe pas, lui qui s’inquiète publiquement de la faiblesse en voix de la gauche.

Tandis que Jean-Luc Mélenchon porte une ligne forte et claire, les autres s’échinent à brouiller le jeu sans qu’un projet fédérateur et ambitieux ne sorte de leurs joutes incessantes. Il est temps qu’ils se ressaisissent s’ils veulent avoir une chance de concourir. Car la seule certitude est que, sans un Parti socialiste uni et soudé, aucun candidat n’aura de chance de figurer au second tour de la présidentielle.

Quelques jours après avoir assisté, au cimetière Montparnasse, à l’enterrement de Lionel Jospin, Olivier Faure, qui n’a même pas eu le droit d’y prendre la parole, doit cesser de tergiverser. Pour entendre enfin le collectif qui lui demande d’avancer.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique